"Le Prix Virilo récompense un roman francophone publié dans l’année ayant touché le jury par son audace littéraire, sa justesse, ou toute autre qualité faisant sens. Il est accompagné du prix Trop Virilo qui récompense la plus belle poussée littéraire de testostérone parue dans l'année. Le jury est mixte mais doit voter en homme et porter la moustache."
Un petit aperçu :
- Le prix du titre qui s’applique à n’importe quel roman de la rentrée littéraire (et de celle à venir)
Attribué à DES HOMMES de Laurent Mauvignier
- Le prix de la quatrième de couverture qui a été écrite par une personne qui n’a vraisemblablement pas lu le livre
TROIS FEMMES PUISSANTES de Marie N’Diaye
- Le prix du livre où la libraire vous demande « lequel pardon ? »
YANVALOU POUR CHARLIE de Lyonel Trouillot
Il ne nous manque plus que les bandeaux...
Et contrairement à ce qu'on pourrait croire, les hommes sont fortement, très fortement majoritaires dans ce jury...
"N.K-M : Il y a un problème pour les femmes en politique et d'une façon générale je trouve pour les femmes dans la société, qui est qu'il n'y a pas beaucoup de modèle, l'histoire a été écrite par les hommes pour les hommes ça donne une espèce de vertige vous savez quand vous êtes une femme en politique régulièrement on vous demande quel est votre modèle et vous avez remarqué les femmes citent souvent des hommes parce qu'il y a tellement peu de femmes à travers l'histoire politiqueet puis alors elles sont toutes très dramatiques, hein, c'est des figures très sanglantes les femmes en politique souvent et les hommes eux citent des hommes ils citent pas de femmes il y a quelque chose d'un peu vertigineux là et moi j'essaie de définir à travers ce livre de dire ce que pourrait être le parcours d'une femme politique qui assume ses différences qui laisse place à une forme de révolte (...) P.C. :Mais pour parler très directement, est-ce que être une femme en politique c'est aussi subir des humiliations par ce qu'on est femme et est-ce que ça vous est arrivé?
C'est subir avant tout une espèce desentiment d'étrangeté c'est à dire que le monde politique est quand même un monde qui est beaucoup fait par des hommes pour des hommes parfois on a un peu l'impression... il y a un petit côté club anglais et on se sent pas forcément rejetée, c'est pas forcément agressif mais de temps en temps on a l'impression qu'on est comme invitée ça peut être courtois mais courtois et ce sentiment d'étrangeté comme si on était là de passage
P.C. : une curiosité
N.K-M : une curiosité, une espèce de différence fondament... comme si les femmes étaient une diversité c'est des choses que je conteste absolument et régulièrement, on l'entend, hein, dans les partis politiques, dire, oui, alors il faut des nouveaux, il faut des gens différents on va avoir des gens issus de la diversité on va avoir des femmes, on va.... hé bien les femmes c'est pas une diversité quand même c'est la moitié de l'humanité
Un genre n'est pas une diversité , je le dis, un peu au delà même car nous vivons plus longtemps"
Relier les caisses de librairies au central de distribution du livre, une solution contre le pilon? Et respecter les quantités commandées effectivement par les petits libraires, ce serait pas mal non plus. Mais comme on ne vit pas dans un monde particulièrement bien fait, et au lieu de ne rien faire, cette solution -dont une similaire a été mise en place par les NMPP- semble la plus appropriée... et débouchera peut-être sur l'autre après tout!
Bouts de phrases glanées : "Celà demande un effort [lire un livre] ... Les industries culturelles souvent dispensent de tout effort....le silence et le recul... On vit dans une société du bruit, le bruit vous asservit... Dans une société de l'immédiateté il faut toujours régir tout de suite.... Former son jugement, prendre du recul, condition essentielle de la liberté contre les dictatures de l'esprit...."
Celà me fait penser à ce livre qui parait : "L'actualité pure", de Cédric Lagandré, ce 14 octobre:
"Le monde moderne croit qu’il bouge. Mais l’homme moderne, lui, ne bouge pas : il s’inscrit dans un temps paralysé par les dispositifs techniques, une actualité pure, qui déploie devant lui comme au supermarché des possibles pré-vécus qu’il n’a plus à vivre, des paroles pré-parlées qu’il n’a plus à dire, des images pré-vues qu’il n’a plus à voir. Comment se remettre de cette paralysie ? Comment réapprendre à voir, à parler — à vivre ? Tel est l’enjeu des temps qui viennent : ou bien nous parviendrons à répondre à ces questions, ou bien nous crèverons d’une mort qui, elle aussi, ne sera bientôt plus la nôtre.
Cédric Lagandré est philosophe. Ancien collaborateur de la revue Mouvements, il est l’auteur de L’inspiration des Grecs (L’Harmattan, 2000), et de La société intégrale (Climats, 2009). " -présentation Laurent de Sutter dir de collection Travaux pratiques éd PUF
Et si cette capacité de former son jugement et prendre du recul pouvaient parfaitement apparaitre en dehors du livre, au coeur de ce monde numérique par d'autres moyens, par une évolution des usages du web, que nous ne pouvons intégrer ou concevoir clairement car nous ne sommes pas des digital natives? Un jour, le livre papier sera à la littérature ce que l'opera est à la musique : un genre codifié qu'il faut réapprendre et qui nous paraîtra loin sans apprentissage. Il est grand temps, pour comprendre quelle place aura le livre papier désormais, de se demander à quoi servent les classiques et quel rapport ils entretiennent avec la modernité, car le rapport avec le livre papier, fait de temps de calme et de recul, devient un "classique".
Depuis quelques semaines, je teste sur mon blog un widget pour faire apparaitre les nouveautés du site de la librairie automatiquement en 1 pavé alors que nous avons plusieurs fils RSS. J'ai pas mal fait d'essais et comme je suis loin d'être un geek, j'ai été aussi adroite et efficace qu'un inspecteur Gadget.
J'ai fini par trouver un outil qui me plait. Ce que j'aime dans celui-ci c'est qu'il est configurable, c'est-à dire qu'on peut changer la couleur du pavé et de la police, et la longueur des entrées. Et il n'inclut pas de gros pavé pub (genre Facebook).
Futile penserez-vous, ces détails de mise en forme? J'assume ! Pour moi, on ne peut pas s'approprier un widget s'il ne s'insère pas graphiquement dans son site/blog et s'il est utilisé de façon trop indiscrète comme une colonne publicitaire.
Bien sûr, ce sont des outils gratuits et éphémères, on ne peut pas s'appuyer dessus pour développer une vraie démarche commerciale, beaucoup de temps passé pour rien, celà reste du côté du ludique et du marginal....
"Le libraire est comme un généraliste : cinq minutes pour faire une ordonnance à des gens qui déboursent 200 euros."... la chance! personnellement, j'enlèverais un zéro au montant ;-)
"Trente secondes pour convaincre. Jouer la petite marchande de prose à l'ère d'internet, c'est plaider du matin au soir. Avocat : voilà ce qu'est un vrai libraire en 2009. Pour chaque livre, trouver les arguments qui vont donner envie. Même les faibles ont droit d'être défendus."
......heu... faibles mais beaux, mais parceque sinon, je n'ai plus la patience, je n'ai pas la générosité. C'est vrai que ça a un côté artisan d'art, la façon dont on aborde chaque livre, chaque personne dans un moment particulier. Souvent, je me dis que ce que je vend, c'est un moment de relation dont le bouquin sera le souvenir. (sinon, pourquoi venir jusqu'à la librairie et pas "simplement" commander sur internet??)
Par contre, ce métier m'amuse toujours autant, avec ses rencontres improbables et ses questions farfelues. Et sa grande liberté de parole et d'expression : je me suis toujours promis que quand j'attraperai une mine d'outre-tombe j'arrêterais -déjà qu'on est très peu payé de façon générale, si en plus on s'amuse pas, où est l'intérêt, hein?
En général je suis seule à la librairie car je bosse soir et w-e, je m'en donne à coeur joie : je choisis ma musique, des trucs un peu bizarres qui font chanter les gens ou s'arrêter horrifiés c'est selon. (bientôt la playlist de la libraire, promis!)
Mon grand truc c'est de refaire les sélections du site de la lib en fonction du travail de mes collègues -dont je vois les indices sur les tables-, et de m'organiser des thématiques : je change les livres des tables en fonction - quitte à tout remettre en place pour la semaine quand c'est par trop farfelu -
Donc ce w-e c'était mon anniversaire, et j'ai eu droit à une série de sourires absolument épatants... et de recherches biblio de toute beauté. -> Ici l'excellente et sémillante Patricia Petibon, Proust à la main (avec son autorisation, merci!) et une recherche très intéressante aux lèvres mais -chuuuut- là c'est secret professionnel !
Mon prochain défi, c'est d'arriver à donner à un client envie de partir avec Richard. Si j'y arrive, promis, je vous donne le mot et la chorégraphie qui a marché ;-)
Pour faire honneur à l'appel au partage d'Hubert Guillaud, qui organise toujours ça avec une gentillesse et une efficacité confondantes, quelques notes du BookCamp concernant l'atelier organisé par les éditions volets verts à propos de la diffusion de contenu en magasin via Bluetooth.
En quelques mots, Jean-François Lazennec, éditeur (volets verts), nous a fait une démonstration de sa technologie Bluetooth puis nous avons discuté de ses applications possibles.
Il s'agit d'un petit boitier qu'on branche en librairie. Il envoie sur la surface de vente un signal que reçoivent les téléphones portables des clients. Ce signal, une fois accepté par le porteur du téléphone, peut transmettre au téléphone divers contenus au choix (j'y reviendrai), immédiatement ou après identification par code d'accès. L'administrateur de ce système Bluetooth, depuis son site internet d'administration, peut choisir quel document émettre par chaque bloc installé, avec ou sans protection de code.
On peut voir cette technologie en oeuvre au SPE Comptoir du livre 171 rue de la Convention, PARIS 15ème. Un des modèles imaginés serait l'envoi d'un extrait de livre en teaser, puis l'achat dans le magasin même du livre numérique, et le chargement sur le téléphone avec le code d'accès donné en caisse au moment de l'achat. Le livre peut aussi être envoyé immédiatement par Bluetooth gratuitement à tout client, c'est ce que Jean-François Lazennec a fait avec "Le tour du livre", qu'un des participants a pu charger sur son téléphone - mais mon téléphone n'a jamais voulu trouver le bluetooth du boitier :-( Il considère que cette technologie cible la clientèle technophile et pourrait être installée -location du boitier - dans toute librairie.
J'aurais bien du mal à résumer les échanges qui ont suivi, et qui ont surtout donné lieu à des discussions sur l'économie du livre de façon plus générale, du genre pourquoi les libraires ne vendent pas de livres numériques, pourquoi ne font-ils pas des expérimentations, les particularités de l'éditions sciences humaines, comment les éditeurs peuvent augmenter les connaissances et donc la capacité de conseil des libraires en les aidant à mieux connaitre le contenu de leurs livres il n'y a qu'à leur passer un coup de fil, pourquoi quand un livre ne marche pas on n'admet pas parfois qu'il est mauvais ou pas pertinent au lieu de quoi on accuse le libraire etc... -ce sont les apartés qui donnent au Bookcamp toute sa saveur, n'est-ce pas?
Pour moi a priori, c'est une technologie qui doit être utilisée avec un fort côté ludique: je l'utiliserais pour envoyer des contenus artistiques en lien par exemple avec l'espace galerie de la librairie. Quoiqu'on en dise, je ne suis pas à l'aise avec le côté "four à micro ondes" et matraquage marketing que la réception non demandée de sollicitations de ce genre me met en évidence. C'est comme de recevoir des prospectus dans ma boite aux lettres : elle est ouverte sur la rue, mais c'est pas pour qu'on y mette tout et n'importe quoi. L'usage est qu'on n'y mette que du courrier.
IL y a donc la possibilité technique : arroser ses clients. Et l'usage qu'on fait d'une technologie : le standard n'est pas d'arroser ses clients -et là est ma limite très clairement même je ne suis pas suffisament technophile pour en prendre l'exacte mesure -on n'est pas encore dans Minority Report que je sache. Ma question est : où et comment mettre quelle info là où le client l'attend, là où il ne l'attend pas mais en est agréablement surpris, et ne pas la mettre là où il ne le souhaite pas?
Je n'ai pas l'impression que l'usage du Bluetooth est qu'on envoie des sollicitations, mais si ça devait advenir, alors je suivrai la tendance. Par ex, je commencerais par envoyer une proposition d'abonnement à la newsletter de la librairie si on me prêtait un tel boitier bluetooth pour essayer ;-) Quand on aura une vraie proposition de fonds numérique, je préférerais installer Bluetooth comme mode d'envoi immédiat d'un achat d'objet numérique effectué en caisse, pour concrétiser cet achat. A priori, j'aurais envie de vendre la version numérique avec la version papier, mais pas la version numérique seule.
En fait, on parle de tuyaus. De cablages. Xavier Cazin d'immateriel.fr considérait dans son schéma Epagine comme un revendeur au même niveau qu'un libraire : on voit bien qu'on en est à tirer des câbles, relier des tuyaus.
Et moi libraire au milieu de tout celà, j'ai l'impression qu'on me prend pour Super Mario Bros et qu'on me demande de prendre la clef à molette, que Diable ! et de me secouer un peu les fesses pour bricoler les tuyaus sous peine de mort -et je l'aurais pas volé.
En vérité, qui s'étonnerait qu'Amazon, après avoir capté des parts de marché à coup d'offre de contenus et services associés gratuits afin d'obtenir une place hégémonique, mette en place son retour sur investissement ? Je ne sais pas ce qui m'agace le plus : celui qui écrase ou celui qui clame son indépendance de façon si indignée, que du coup on se demande comment il a pu fonder tout son modèle en complète dépendance technique...
Amazon organisera son retour sur investissement (colossal) , un autre outsider viendra, qui cassera les prix des services ou en proposera d'autres, un peu comme on trouve toujours un discounter qui casse encore plus les prix. Et à ce moment-là, il est à parier qu'Amazon se ralliera à la demande des acteurs du secteur d'avoir une loi cadrante sur le livre numérique sur le modèle du livre papier. Un peu comme les soi disant libérateurs de la culture d'hier par le discount, soutiennent mordicus la loi du prix unique aujourd'hui.
"une des problématiques principales de l’enquête était de mesurer l’inscription ou non des bibliothécaires dans certaines grandes mutations des pratiques et consommations culturelles. Cette question rejoint à la fois des préoccupations récurrentes de la profession et une tendance actuelle de la sociologie à donner à l’âge et à la génération la primauté sur la position sociale. Elle occupera la première partie de cet article. Dans un second temps, on étudiera la consommation par les bibliothécaires de deux catégories de biens culturels généralement assimilés à la culture des jeunes : le manga et le jeu vidéo." (extrait du dernier n° du bbf)
Faut pas croire, c'est pas parceque je ne participe pas de cette culture jeune personnellement, que je ne la prends pas en compte dans mon travail ("j'y pense et puis j'oublie, c'est la vie c'est la vie..."), d'ailleurs les réclames dans le metro tous les jours m'assurent une véritable formation continue en matière d'imaginaire de djeuns, et m'assurent par là même que non, décidément je ne suis plus djeuns du tout, et même je m'en réjouis !
D'autre part, quand je lis un(e) bibliothécaire affirmer "J’arrive à lire parfois dans la journée au travail" ça me laisse rêveuse, hillare, ou jalouse, selon l'humeur...
Bah, trève de moquerie, cet article est intéressant, j'aimerais avoir le même sur les libraires...
Je peux pas croire que je sois la seule libraire au bookcamp. Je dois être un peu dérangée pour aimer y aller?? C'est vrai que parfois dans ce genre de rencontres, j'ai l'impression d'être la Noiraude à qui on demanderait de faire du yaourt au goût bulgare ou aux fruits - sauf que là on me demandera carrément plus rien vu que je parle pas le bulgare... mais bon, moi je rêve quand même, je sors de ma peau de professionnelle garantie pure libraire traditionnelle estampillée BP INFL d'origine controlée, production artisanale. Et je m'imagine en Biche, genre "allô docteur, je voudrais être une startup, je voudrais vivre dans un environnement en plein boum créatif, il n'y a jamais de librairie dans les startup... on dit toujours "une startup innovante", on ne dit jamais "une librairie innovante""...
On est en pleine période de recomposition, un libraire vient d'annoncer sa tentative d'hybridation. C'est le moment de se lacher et de rêver un coup!
Dans quelques jours, c'est la rentrée pour le site de la librairie après son hibernation estivale. Plein d'idées, d'envies, mais je cherche le ton, la couleur la forme de ce que je vais choisir d'y mettre, dans les limites de temps et de moyens qui sont les notres. Avec la même question de base : comment s(e ré-)'incarner sur le web? A force d'y réfléchir, un mot revient sans cesse qui m'horripile : le mot "contenu" qui revient sans cesse qui me rappelle les dissert genre "sans séparer la forme du fond, vous montrerez comment ... blablabla" C'est vrai, "contenu" c'est froid, c'est plat, c'est vague. Et comme j'adore manger et que j'adore les termes de cuisine que je trouve complètement exotiques, je me dis que "appareil" me plait bien : sous ses dehors très rebattus et quotidiens, c'est limite alchimique avec un petit coté désuet. Et mine de rien, maintenant que j'ai trouvé ce mot, j'ai l'impression que je réfléchis mieux.
-Nommer pour penser, penser en parlant. Ca me fait penser à un petit Kleist sur le rôle de la parole et de la discussion dans la structuration des idées, un livre vraiment chouette
APPAREIL : (ORNEMENT ) A.− Ensemble des apprêts (en particulier la tenue, la toilette, etc.) qui contribuent à donner à une personne une apparence extérieure généralement très favorable B.− Déploiement des apprêts, des moyens destinés à donner éclat et magnificence à un événement.
(MECANISME, CONTENU ) II.− Ensemble d'éléments constituant un tout et concourant à un même but. A.− Ensemble d'organes ou de substances réalisant une même fonction. B.− Ensemble de matières ou de matériaux réunis dans un but précis ou formant un tout organique. ->ART CULIN. Préparation pour la confection des mets. ->GÉOL. Appareil littoral. Accumulation sur le rivage des sables, des vases et des galets que le flot apporte. Appareil volcanique. Cheminée d'un volcan. C.− Ensemble d'instruments, d'outils, de dispositifs employés pour mener à bien une tâche; machine complexe.
Et parceque vous avez tout lu, un cadeau bonus : The Ghost and Ms Muir : "-Vous n'avez pas fini la phrase -Je sais, c'est... c'est ce mot. Je n'ai jamais écrit un tel mot. -C'est un mot parfaitement juste -Je trouve que c'est un mot affreux -Il dit bien ce qu'il veut dire, n'est-ce pas? -Bien trop clairement -Mais quel mot employez-vous si vous voulez exprimer cette idée? -Je n'en emploie pas ! -Mais nom d'un chien Lucia si vous vous mettez à être prude ce livre ne sera jamais fini, maintenant écrivez comme je vous l'ai dicté !"
Sur cette excellente base, j'aimerais ajouter mon regard subjectif, un peu de délire décalé et de l'échange avec les gens qui l'ont lu
et alors je me dis zut flute, si lemonde était bien fait, le savoir faire du libraire devrait se muer en savoir faire de journaliste culturel au passage du miroir de l'internet.
Or je ne suis pas libraire par hasard :
j'aime pas écrire "en bonne et due forme"
j'ai horreur de rédiger
j'ai besoin du regard et de la question de mon client pour rebondir avec un (et dans le meilleur des cas, LE) livre qu'il vous faut à la main et en bouche
je ne pourrai jamais concocter dans mon temps de travail ce genre d'article sur mon site de libraire (clients, cartons, ménage etc...)
je suis mal barrée pour surfer sur la vague de l'internet...
Alors quoi? Prétexter un fongecif pour me former au journalisme culturel pour réapprendre à être libraire à l'heure d'internet?
Une troisième voie doit bien exister.
(oui, je sais, je suis un peu stress en rentrant de vacances)
Ne pas se prendre au sérieux. Le credo de Gérard Collard et Jean Casel dans l'Interview en video sur le site de leur librairie.
J'y trouve une très bonne description de la fêlure entre le monde de l'édition et celui dans lequel je vis en tant que libraire. J'ai toujours été davantage intéressée par comment lisent mes clients que par comment créent les éditeurs et les auteurs. Ca m'intéresse aussi, mais ça ne me passionne pas.
"Ne pas se prendre pour des gens différents des clients qui viennent nous voir. C'est pour ça qu'on fréquente pas les cocktails, c'est pour ça qu'on va jamais dans les réunions de libraires (...) parcequ'on a la trouille, on n'est pas sûrs de nous même donc a a vite fait de prendre la grosse tête de parler comme les gens du milieu et si on parle comme les éditeurs, si on parle comme les écrivains on parle pas comme les gens qui viennent nous voir. (...) "
"Il parle avec son coeur, avec passion... il parle mal. On a que 150 mots de vocabulaire mais c'est les 150 mêmes que les gens utilisent."
Librairie, lieu de marge, de passage entre deux mondes : celui du quotidien et celui de la création. Donner l'impression que la librairie est un lieu qu'on fréquente au quotidien dans lequel s'immisce la création et non pas un lieu de création dans lequel s'immisce le passant.
Bon, mais il faut pas croire, "on a galéré énormément pendant 10 à 15 ans ... on a compensé le manque d'argent par le travail." Je me dis que s'il y a telllement de librairies qui continuent d'ouvrir malgré les marges faibles, ce n'est pas seulement parceque, après avoir amassé un pécule dans une première carrière, des gens se font plaisir en ouvrant leur librairie pour vivre leur passion quellequesoit la rentabilité. Mais aussi parceque quitte à être mal payé, autant s'accorder un SMIC soi-même que de le toucher d'un patron pour faire un métier qu'on adore ;-)
"dans la librairie indépendante [...] on est de toute façon en prise avec nos clients tout le temps,[...] l'intéret c'est de pouvoir passer du temps avec eux..."
Et toujours la même question : comment exprimer notre métier qu'on exerce sur le mode du spectacle vivant et s'appuyant sur l'expérience et l'échange humain en direct, sur le net??????? (et sans supplément de temps ni de budget celà va sans dire, d'ailleurs n'en parlons pas ;-)
"on a l'impression qu'il n'y a pas grand chose qui se dit alors qu'en réalité c'est ce pas grand chose qui est dans la conversation quotidienne avec les clients ou le simple fait de se dire bonjour ça va, enfin d'amorcer un peu les choses, c'est un peu ce prolongement de convivialité qui crée cette communauté. Le truc qui nous rassemble quand même, c'est le livre, c'est la littérature."
Les codes de l'échange dans le magasin et sur le net ne sont pas les mêmes... et sur le net ils sont rapidement évolutifs : on ne jurait que par les forums, et maintenant que par facebook. Mais ils débordent tous deux du professionnel (qui n'est pas payé et peu valorisé par les librairies en général puisque c'est un honneur de servir le Livre et être payé pour ça, d'ailleurs n'en parlons pas ;-)
Le libraire évoque "qu'est-ce que le contemporain?" d'Agamben, ça me fait penser qu'avant, Meschonnic se demandait ce qu'était la modernité ("Modernité, modernité" épuisé le pauvre ) et montrait que ce qui produit la modernité c'est la capacité de recréer une filiation qui révèle du sens par le parcours inédit qu'on construit parmi les oeuvres. Contemporain, modernité. Etre là où les gens vivent la création du sens.
Ce w-e, j'ai reçu un message dans les "notifications" de facebook, cette partie qui vous indique les derniers mouvements qu'ont fait vos "amis", m'invitant à lire un ouvrage en ligne gratuitement car il correspondrait à mes gouts :
"Based on your collection, we thought you would like City of Bones by Cassandra Clare. Through an exclusive deal with the publisher, Visual Bookshelf users can read the entire book for FREE online. Stephenie Meyer writes: “Dear Edward and Jacob: I adore you both. But I'm spending the weekend with Jace. Sorry!” Who is Jace? Read City of Bones for FREE and find out for yourself."
Ce qui est très drôle, c'est qu'absolument rien dans mon choix de livres pourrait faire penser que j'aimerais ce livre conseillé. Au contraire. J'imagine bien d'ici le service e-marketing travaillant son projet et cochant les cases de sa check-list de la parfaite opération d'e-marketing :
-le message cible l'internaute d'après ses gouts : "based on your colletion.." -l'internaute a l'impression d'accéder à quelquechose de rare : "an exclusive deal with the publisher" -le gratuit est le modèle sur le net : "the entire book for free online" -le conseil informel d'une personne qu'il connait déjà donne de la valeur :"stephanie meyer writes"
Sauf qu'évidemment, ce message est balancé à n'importe qui dont moi et que je considère celà comme du spam maquillé bien grossièrement.... la publicité de masse doit-elle forcément être mensongère et prendre les gens pour des gogos?? Je ne crois pas. Pourquoi ne pas assumer le côté raccoleur et appater le chaland en lui disant simplement que c'est du genre Stefanie Meyer et qu'on peut en faire l'expérience gratuite pendant un temps pour découvrir ce qui a tellement plu à tellement de gens dans ce genre de littérature, genre "et si vous aussi vous aimiez celà? Nous vous invitons sur notre site à vous faire plaisir, essayez gratuitement !".
Tous les éditeurs n'ont pas vocation à faire de la littérature, c'est entendu et je suis la première à lire, vendre et conseiller à mes clients différents livres selon leurs usages, mais voir un éditeur avancer aussi grossièrement et faussement, ça ne me donne vraiment pas envie de lui trouver sa place sur mes étagères s'il se fiche des gens comme ça. De plus en plus, je me dis qu'il vaut mieux avancer avec des éditeurs qui ont un état d'esprit sain et des pratiques respectueuses de leurs auteurs et de leurs lecteurs - et de leurs libraires ;-) - quitte à laisser de côté des perles de catalogues de côté et ne pas avoir certains grands titres en pile. Je viens de voir dans une petite librairie sympa de petite ville du 32% de remise de la part d'un grand diffuseur et je me dis qu'à ce prix là on peut se permettre de mettre en avant bien d'autre chose et que ce diffuseur n'est sûrement pas si indispensable qu'on le croit.
"ARRETE N°2009-2406-02207 PORTANT AGREMENT D’UNE SOCIETE COOPERATIVE D’INTERET COLLECTIF (...) CONSIDERANT que l’activité exercée par la SCIC SARL, Maison du livre Diffusion, Distribution constitue un service d’intérêt collectif à caractère d’utilité culturel, social et économique. SUR proposition de M. le Secrétaire Général de la Préfecture du Doubs ; Article 1 : La SCIC SARL Maison du livre Diffusion Distribution (ML2D) dont le siège social se situe 25 chemin des Planches 25000 Besançon est agréée pour une durée de cinq ans renouvelable en qualité de Société Coopérative d’Intérêt Collectif. " (extrait du recueil des actes administratifs)
Vous connaissez cette excellente émission de France Culture "Place de la Toile" sur le numérique? Sinon, alors c'est l'occasion de la découvrir avec ce n° sur les enjeux de la géolocalisation :c'est ici et c'est podcastable. Les archives sont à écouter sur le site.
La géolocalisation et son automatisation a provoqué une représentation et une utilisation différente de l'espace. J'y vois deux potentiels très immédiats en tant que libraire : permettre une présentation ludique des catalogues éditeurs et des titres que je met en avant et croiser mes clients dans cet univers numérique, me rappeler à leur bon souvenir car après tout j'y suis déjà à titre personnel, comment accepter d'y être invisible en tant que professionnelle ??
"Il y a plus affaire à interpreter les interpretations, qu'à interpreter les choses : et plus de livres sur les livres, que sur autre subject : Nous ne faisons que nous entregloser." Montaigne, Les Essais Livre III