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mercredi 8 décembre 2010

éditeur, fournisseur et revendeur, mais néanmoins partenaire ?

De plus en plus de sites d'éditeurs sont marchands et cherchent à développer leurs ventes et/ou leurs revenus mais pas en passant uniquement par la vente de livre, deux exemples avec des fonctionnalités spécifiques au web dont la pertinence peut poser question :

- l'affiliation :  j'ai déjà râlé sur le programme d'affiliation Amazon/éd du Chêne sur une très grosse vente actuelle... je n'y reviens pas... sur cet exemple, mon avis est que cette mise en avant est vraiment déloyale de la part de l'éditeur qui renvoie directement à un seul canal de vente et lèse ses revendeurs : est-ce ce genre de pratique, le "résolument moderne" d'Hachette ?  Le principe d'affiliation en lui-même est vraiment intéressant, mais doit être automatisé : celà fait déjà deux ans que je l'ai demandé pour le site de la librairie sous forme de vignette à copier/coller mais on m'a répondu à l'époque que ce n'était pas possible car il y  avait un problème de dissémination de couvertures alors que les droits des couv sont détenus par l'éditeur... aujurd'hui on préfère passer contrat avec des sociétés spécialisées qui se chargent de gérer le mécanisme d'affiliation, c'est ainsi qu'a procédé Gibert Josph récemment pour son site.

- le programme Google AdSense qu'on peut voir en bas à droite dans la page "panier" du site Hachette/Books. A l'heure où j'écris, on voit une annonce d'intérêt public, et je trouve que ça fait bizarre sur ce site : "Annonces émanant d'organismes à but non lucratif qui sont diffusées quand aucune annonce ciblée n'est disponible ou quand Google ne parvient pas à déterminer le sujet d'une page. Les éditeurs ne reçoivent aucune rémunération pour les clics associés aux annonces d'intérêt public." Un ratage de FullSix qui a conçu le site sinon quel intérêt, ce GoogleAd ?

lundi 25 octobre 2010

appelons-la pudiquement tradition orale

un 22 octobre à l'Assemblée nationale dans les méandres de la République...


M. Michel Herbillon. Cet amendement a plusieurs cosignataires dont Hervé Gaymard et Muriel Marland-Militello. Il concerne le taux de TVA applicable au livre numérique.
Il ne s’agit pas d’abaisser la TVA applicable au livre numérique, mais de l’établir. Le livre numérique est une œuvre de l’esprit, identique à sa version imprimée. C’est si vrai que, dans les contrats d’édition, les droits d’auteur sont calculés à l’identique pour les deux versions de l’œuvre. Il s’ensuit que le taux de TVA applicable au livre papier doit l’être également au livre numérique. À ce sujet, monsieur le ministre, permettez-moi de vous dire que je ne suis pas entièrement convaincu par la doctrine fiscale qui considère le livre numérique comme un fichier informatique, une prestation de service fournie par voie électronique, et justifie ainsi l’application du taux normal de 19,6 %.
L’application du taux réduit de TVA ne provoquera pas de pertes de recettes pour l’État, mais, au contraire, un gain. En effet l’application du taux normal ne permettra pas aux éditeurs de développer une offre légale attractive, et favorisera donc le piratage, par définition libre de toute imposition. L’application du taux réduit, au contraire, permettra de construire un modèle économique pérenne, fondée sur une offre légale.
M. le président. Monsieur Herbillon, il faut conclure.
M. Michel Herbillon. Avec une TVA à 19,6 %, le marché du livre numérique est inexistant ; une TVA à 5,5 % lui permettrait d’accroître ses parts de marché.
Enfin,…
M. le président. Monsieur Herbillon, je vais être dans l’obligation de vous retirer la parole.
M. Michel Herbillon. Monsieur le président, je termine.
S’agissant de la dimension européenne, les règles sont interprétées différemment selon les pays, puisque le Luxembourg applique d’ores et déjà le taux réduit. Il faut donc que nous adoptions celui-ci dès maintenant.
M. le président. Quel est l’avis de la commission ?
M. Gilles Carrez, rapporteur général. La commission est confrontée à cette question depuis plusieurs années. Elle a également débattu des amendements déposés par Patrice Martin-Lalande.
Selon les règles communautaires auxquelles nous sommes assujettis en matière de TVA, tous les produits électroniques relèvent du taux normal. La directive est très claire sur ce point. Pour le livre numérique, s’il s’agit de la reproduction conforme d’un livre papier par un dispositif électronique – clé USB, CD-ROM… –, le taux réduit de TVA s’applique. S’il s’agit d’accéder au livre numérique à partir d’un site Internet, le taux normal s’applique.
Dans un État membre,…
M. Michel Herbillon. Le Luxembourg !
M. Gilles Carrez, rapporteur général. Au Luxembourg, en effet, nous savons qu’il y a des accommodements avec cette règle. Cela pose un problème, et je souhaite que le ministre nous dise ce qu’il compte faire pour régler la question de cette concurrence totalement déloyale.
M. Michel Bouvard et Mme Muriel Marland-Militello. Très bien !
M. Patrice Martin-Lalande. Ce serait une très bonne nouvelle pour la presse !
M. Gilles Carrez, rapporteur général. Enfin, pour ne pas vous faire une réponse uniquement fiscale, j’ajoute que, sur le fond, j’estime que le livre numérique devrait se voir appliquer la TVA au taux réduit. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe UMP.)
M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?
M. François Baroin, ministre du budget. Monsieur le rapporteur général, qui ne le souhaiterait pas ? Il s’agit d’ailleurs de l’un des éléments de la doctrine qui permet à la France de porter une certaine idée de l’exception culturelle.
Malheureusement, pour développer de façon aussi rapide que nous le souhaiterions une telle initiative, il faut qu’elle soit conforme au droit communautaire, ce qui, aujourd’hui, n’est pas le cas. La mesure qui nous est proposée n’est donc pas eurocompatible. Cela signifie que, si d’aventure le Parlement la votait, la France serait immédiatement engagée dans un processus contentieux.
Vous évoquez le cas du Luxembourg. Je vais m’exprimer sur ce sujet avec prudence car je suis membre du Gouvernement, et je ne veux pas prendre le risque que…
M. Michel Bouvard. D’un incident diplomatique !
M. François Baroin, ministre du budget. Monsieur Bouvard, n’allons pas jusque-là : la prudence naturelle qui est la nôtre nous évite ce genre d’écueil. (Sourires.) D’ailleurs, comme vous le savez, il n’y a jamais d’incidents diplomatiques. (Mêmes mouvements.)
Les informations dont nous disposons créent ce que nous appellerons pudiquement une « tradition orale ». C’est cette tradition orale qui explique que, au Luxembourg, il n’existe pas un suivi aussi strict et rigoureux que celui qui s’appliquerait ici. Reste que, pour ce qui concerne l’application du taux de TVA, la doctrine de la Commission européenne est constante : le cas de la TVA sur la restauration en est la meilleure référence. Le président Chirac a voulu porter ce dossier. Il aurait pu ouvrir le débat et faire adopter dans la foulée le taux réduit au Parlement. Mais si tel avait été le cas, les compteurs se seraient immédiatement mis à tourner dans l’addition des pénalités qui auraient été imposées à la France. C’est la raison pour laquelle le Président Sarkozy, une fois élu, a porté cette demande auprès de la Commission. Et c’est uniquement à l’issue d’un accord avec l’Allemagne que ce dispositif a pu être validé. Mais si d’aventure, le Parlement avait voté une telle initiative, la France aurait été immédiatement condamnée, et à de lourdes pénalités.
Nous sommes exactement dans le même schéma aujourd’hui : nous sommes d’accord sur le fond, nous entendons évidemment les arguments qui vont dans le sens de cet amendement. Il n’y a pas, d’un côté, les défenseurs de l’exception culturelle et, de l’autre, les vilains canards seulement préoccupés par les soustractions et totalement insensibles au développement de l’accès au livre grâce aux nouvelles technologies. Le problème est ailleurs : il s’agit de la stricte application du droit communautaire et d’une jurisprudence constante pour ce qui touche à la TVA, sur ce type de produits comme sur les autres. Je vous demande donc, naturellement, d’entendre cet argument.
M. le président. La parole est à M. Lionel Tardy.
M. Lionel Tardy. Je profite de cet amendement pour poser un certain nombre de questions qui méritent notre attention sur ce sujet du livre numérique.
Cet amendement propose d'accorder le bénéfice de la TVA à 5,5 % pour le livre numérique dit « homothétique », c’est-à-dire une version numérisée en format PDF d'un livre relié. Cette définition fiscale du livre numérique me pose problème, car le passage au numérique, pour l'édition, ne se limite pas à numériser un livre, loin de là.
Le numérique, ce n'est plus la vente d'un produit ; c’est la vente d'un contenu, un contenu qui peut prendre plusieurs formes. Bien entendu, cela peut prendre la forme d'un texte brut, mais c'est le produit le plus basique et le plus bas de gamme.
Le numérique permet la création de contenus multimédias, c’est-à-dire mixant à la fois l'écrit, le son, l'image animée, la vidéo. Les potentialités sont énormes.
En accordant un avantage fiscal à un seul produit de la gamme, on va freiner le développement des autres produits, qui sont justement ceux qui ont la plus forte valeur ajoutée. On crée également une distorsion de concurrence, qui n'apparaît pas justifiée du point de vue du numérique.
Qu'est ce qu'un livre numérique ? C’est là la question. À mon avis, cela n'existe pas, et il faut arrêter de penser le numérique en fonction des supports physiques. Le monde de l'édition est dans la même situation que celui de la musique. Sur internet, il ne vend pas un produit, il apporte de la prestation intellectuelle. Cela ne se valorise pas et ne se vend pas de la même manière. Il y a un deuil à faire : les anciens modèles commerciaux n'étant pas opérants sur Internet, il faut que les industries culturelles s'adaptent. Elles n’auront pas le choix, car ce n'est certainement pas le monde du numérique qui s'adaptera à leurs pratiques et à leur organisation économique. Je suis donc contre cet amendement.
M. le président. La parole est à M. Michel Bouvard.
M. Michel Bouvard. Monsieur le ministre, nous avons bien entendu l’argument de l’eurocompatibilité. Les parlementaires qui suivent les débats budgétaires y sont du reste habitués ; cela nous a même parfois incités à aller pêcher l’information à la source et à demander au commissaire européen chargé de ces questions de nous confirmer si telle ou telle disposition que nous envisagions de proposer était eurocompatible ou pas…
Or que constatons-nous aujourd’hui ?
Premier constat : des plateformes d’éditeurs français se sont installées au Luxembourg pour bénéficier de cette facilité.
Deuxième constat : à ce jour, les autorités communautaires n’ont engagé aucune procédure contre le Luxembourg. S’il y avait un vrai problème, ce serait chose faite depuis longtemps.
Troisième constat : une proposition de loi a été déposée conjointement à l’Assemblée et au Sénat sur la clarification du taux de TVA applicable au livre sous sa forme numérique, avec l’accord du ministère de la culture et le soutien du Gouvernement.
Nous ne pouvons pas en rester au statu quo. Nous sommes obligés de bouger, parce qu’il y a des enjeux en termes de métiers culturels et de créations d’emplois. On ne peut pas, d’un côté, lutter contre la délocalisation, par exemple, des plateformes d’appel, et de l’autre, laisser les plateformes des éditeurs s’installer au Luxembourg comme si de rien n’était, au prétexte que nous avons un problème de distorsion de concurrence.
J’ai connu la Commission plus dynamique sur les problèmes de distorsion de concurrence. Et à chaque fois que les autorités françaises ne se sont pas battues, nous avons été perdants – j’ai encore l’exemple de Péchiney en tête…
M. le président. La parole est à M. Michel Herbillon.
M. Michel Herbillon. Monsieur le ministre, si je vous ai bien entendu bien, nous sommes d’accord sur le fond. Nous sommes attentifs, comme vous, aux déclarations du Président de la République, qui, à l’occasion de ses vœux au monde de la culture, a souhaité que le taux réduit soit généralisé. Nous sommes attentifs, comme vous, à l’exception culturelle. Nous l’avons toujours défendue. C’est une sorte d’apanage de notre pays, et je sais, monsieur le ministre, pour bien vous connaître, que vous y êtes sensible. Mais au bout du compte, on évoque la question de l’eurocompatibilité. Or, de mon point de vue, ce n’est pas le même sujet que le taux de TVA sur la restauration.
Deuxièmement, M. Bouvard vient de le dire, les éditeurs, aujourd’hui, éditent au Luxembourg, ce qui entraîne une évasion fiscale. Le problème qui se pose, c’est que les règles européennes ne sont pas claires, et sont appliquées de façon variable selon les pays, ce qui pénalise la France comme cela pénalise l’œuvre de l’esprit qu’est le livre numérique.
Je souhaite qu’à tout le moins, monsieur le ministre, dans votre sagesse, vous preniez une autre position que celle que vous venez d’exprimer.
M. le président. La parole est à M. Patrice Martin-Lalande.
M. Patrice Martin-Lalande. C’est un peu le même problème que celui que nous allons examiner tout à l’heure s’agissant du taux réduit applicable à la presse en ligne. Nous connaissons les contraintes, monsieur le ministre. Ce que nous voudrions savoir, c’est si le Gouvernement et le Président de la République vont s’engager à ce que tout soit mis en œuvre au niveau européen pour sortir de cette situation. S’il n’y a pas un engagement, une volonté française, puis une volonté européenne, jamais nous n’en sortirons – voyez ce qu’il en a été avec la restauration. Pouvez-vous nous assurer que le Gouvernement et le Président de la République veulent s’engager dans cette voie, aussi bien pour le livre que pour la presse ?
Nous ne voulons pas engager le pays en adoptant une disposition qui nous mettrait en infraction et nous ferait encourir des pénalités. Ce serait le contraire de ce que nous recherchons ; mais au moins aurions-nous la certitude que le Gouvernement et le Président de la République sont en marche pour essayer d’obtenir cette amélioration réellement indispensable.
M. le président. La parole est à M. Patrick Bloche.
M. Patrick Bloche. Je suis étonné d’entendre le Gouvernement et le rapporteur général se retrancher derrière l’argument de l’eurocompatibilité : je me souviens, même si ce n’est pas le même sujet, que lorsque la taxe télécom a été mise en place pour financer le manque à gagner en recettes publicitaires de France Télévisions et que la Commission européenne a dit que cette taxe n’était pas eurocompatible, le Gouvernement a carrément choisi de passer en force en attendant la décision de la Cour de justice des communautés européennes… Autrement dit, je vous sens beaucoup plus volontaire face aux contraintes européennes lorsqu’il s’agit de France Télévisions que lorsqu’il s’agit d’adopter un taux de TVA réduit sur le livre numérique !
De même, j’ai encore dans l’oreille, comme beaucoup de nos collègues, un des arguments que le Gouvernement avait avancés pour défendre la mauvaise loi HADOPI : il faut à tout prix qu’une offre légale attractive se développe, pour éviter le téléchargement illégal. Or l’occasion nous est offerte à l’instant d’exprimer une volonté politique – et ce pour un bien qui n’est pas un bien marchand comme un autre, puisqu’il s’agit du livre –, de développer une offre légale attractive, tout en évitant la délocalisation au Luxembourg – ce dernier point a déjà été développé, je n’y reviens pas. Ce taux de TVA réduit à 5,5 % serait un signe fort : le livre papier et le livre numérique doivent avoir le même traitement Nous en reparlerons à propos du prix unique du livre numérique.
M. le président. La parole est à M. le ministre.
M. François Baroin, ministre du budget. Premièrement, cher Michel Herbillon, la réalité, c’est que les autorités luxembourgeoises adressent à la Commission des textes qui fixent leur doctrine en la matière, à savoir l’application du taux qui est le leur – 15 %, le plus bas de l’Union européenne. Cela, c’est la doctrine officielle. Ensuite, les entreprises qui s’installent là-bas, je le dis avec tout le sens de l’équilibre dont je suis capable, prennent et assument leurs risques, selon ce qu’on leur aura dit oralement. Formellement, dans l’application des textes, il n’y a pas de décalage profond entre ce qui se passe au Luxembourg et dans les autres pays de l’Union…
M. Michel Bouvard. Ah bon !
M. François Baroin, ministre du budget. …mais dans l’application, il est de notre responsabilité de dire que les entreprises qui vont au Luxembourg prennent leurs risques.
Deuxièmement, il est acquis que, à partir du 1er janvier 2015, ce problème de territorialité sera réglé par une nouvelle directive.
M. Patrice Martin-Lalande. Quatre ans, c’est long…
M. François Baroin, ministre du budget. Autrement dit, dans le domaine des prestations électroniques, le choix de se domicilier dans un autre État de l’Union n’apportera aucun bénéfice.
Troisièmement, M. Bloche a parlé d’une taxe. Moi, je vous parle de la directive communautaire sur la TVA. Ce n’est pas de la même nature.
M. Patrick Bloche. Je vous l’accorde.
M. François Baroin, ministre du budget. Je veux vraiment que l’on prenne la mesure du risque que nous ferions courir à nos entreprises.
Quatrièmement, j’ai en mémoire, comme beaucoup d’entre vous, ce que l’on avait appelé le plan Borotra. Ce dispositif d’exonération de charges sociales sur les salaires allant jusqu’à une fois et demie le SMIC visait notamment à aider les industries de main-d’œuvre, en particulier celles du textile, qui étaient lourdement touchées. Il s’agissait d’un secteur important, menacé, susceptible d’être affecté par des délocalisations massives ayant un impact très fort sur l’emploi. Ce dispositif intelligent, pertinent, répondait à un réel souci de protéger nos outils de production sur site. À quoi a-t-on abouti ? À la remise en cause de ce dispositif par la Commission européenne, à des pénalités pour le pays, et à une demande de remboursement par les entreprises. La double peine, en somme ! Il ne faut pas l’oublier. Nous nous en souvenons, et c’est le devoir du Gouvernement de faire preuve d’esprit de responsabilité.
La France a été aux avant-postes, il y a quelques années, du développement de l’exception culturelle, et de la conquête – car c’était une conquête – qui a consisté à considérer que le livre ne pouvait pas être une marchandise comme les autres. Nous sommes dans le même esprit. Le Président de la République a déjà pris des engagements. Comme par le passé, la France sera fidèle à cette tradition. Et connaissant le degré de l’implication personnelle du Président de la République sur ce sujet, je n’ai aucun doute qu’il portera le plus haut possible cette demande auprès des instances communautaires. Voyez-y, mesdames, messieurs les députés, un engagement.
M. le président. La parole est à M. Jérôme Chartier.
M. Jérôme Chartier. Je crois devoir donner la position du groupe UMP, après les arguments que vient de développer le ministre.
M. François de Rugy. Laissez vos collègues voter librement !
M. Jérôme Chartier. Effectivement, le risque est grand de nous voir encourir la double peine : premièrement, une perte de recettes – assumée, pour encourager la culture –, deuxièmement surtout, les pénalités que ne manquerait pas de nous infliger la Commission européenne. Faisons un petit effort de mémoire, mes chers collègues, et souvenons-nous des péripéties auxquels ont donné lieu les dispositifs de réduction de TVA : le ministre a rappelé à juste titre ce qu’il en a été pour la réduction de la TVA sur la restauration.
M. Michel Bouvard. Cet amendement ne propose pas une réduction, mais une création.
M. Jérôme Chartier. Il n’y existe pas de précédent où l’Assemblée nationale aurait décidé de s’engager de but en blanc dans une réduction de la TVA, sans qu’il y ait eu une démarche concertée engagée par le Gouvernement au niveau européen…
M. Michel Bouvard. Mais ici, il ne s’agit pas de réduction !
M. Jérôme Chartier. …sachant que toute modification en matière de TVA suppose une décision des instances européennes. Cela ne saurait relever, et Michel Bouvard le sait bien, d’une initiative de l’Assemblée nationale sans engagement préalable d’une concertation très précise au niveau européen.
Il ne peut y avoir que deux solutions – et la décision, finalement, appartient à Michel Herbillon.
La première consiste naturellement à mettre cet amendement aux voix.
M. Patrick Bloche. Oui, votons !
M. Jérôme Chartier. Si tel est le cas, nous serons gênés : pour ma part, je m’opposerai à cet amendement alors même que je souhaite encourager la culture (Rires et exclamations sur les bancs du groupe SRC) et qu’il me semble logique, comme l’a dit le rapporteur général, que le livre numérique se voit appliquer le même taux de TVA que le livre imprimé vendu en librairie. Je voterai contre cet amendement parce que je connais les contraintes du Gouvernement vis-à-vis de l’Union européenne et qu’il me paraît prématuré de légiférer en la matière.
Mme Christiane Taubira. Toujours la même chanson !
M. le président. Il faut conclure, monsieur Chartier.
M. Jérôme Chartier. La deuxième solution consiste à inviter Michel Herbillon à redéposer son amendement dans le cadre de la loi de finances rectificative qui sera discutée dans quelques semaines. (« Non ! » sur les bancs du groupe SRC.) Entre-temps, il pourra être procédé à un vrai travail de concertation entre notre collègue et le Gouvernement.
M. le président. La parole est à M. le rapporteur général.
M. Gilles Carrez, rapporteur général. Patrick Bloche a dit que le Gouvernement avait pris le risque de passer en force en attendant la décision de la Cour européenne de justice pour la taxe sur les fournisseurs d’accès à Internet. Mais à mes yeux, ce n’est pas du tout la même chose : la TVA est régie par une directive communautaire extrêmement précise prévoyant le déclenchement automatique de sanctions.
M. Michel Bouvard. Il n’y a pas de sanctions vis-à-vis du Luxembourg !
M. Gilles Carrez, rapporteur général. Jamais depuis 2002 – depuis que je suis rapporteur général –, je dis bien jamais nous n’avons adopté un amendement contrevenant à cette directive européenne. Nous devons continuer à faire très attention. Comme l’ont dit Jérôme Chartier et Michel Bouvard, la bonne démarche consiste à ce que le Gouvernement s’engage à porter ce dossier.
En tout état de cause, voter un tel amendement serait contre-productif sur le plan juridique. La TVA est un sujet que nous connaissons malheureusement très bien : nous avons déjà débattu de la TVA sur la restauration, mais aussi sur des sujets plus mineurs – notamment sur les travaux de déneigement, où nous avions reçu une lettre de commissaire européen Laszlo Kovacs.
M. Michel Bouvard. En effet.
M. François de Rugy. Hier, c’était la neige pour les skieurs, aujourd’hui le déneigement… Il n’y en a que pour la montagne !
M. Gilles Carrez, rapporteur général. Je demande par conséquent à nos collègues de nous suivre dans la direction que vient d’indiquer excellemment Jérôme Chartier, et que je confirme.
M. le président. La parole est à M. le ministre.
M. François Baroin, ministre du budget. J’ai déjà évoqué l’engagement personnel du Président de la République dans cette affaire. Je peux également prendre l’engament personnel devant la représentation nationale d’écrire au président de la Commission, à l’issue du vote de la première partie de la loi de finances, afin d’attirer son attention sur le système de concurrence déloyale qui est en train de se mettre en place, et de lui demander un examen plus approfondi de la sincérité et de l’équilibre des positions de chacun sur des questions que nous estimons prioritaires : le développement de l’exception culturelle, l’égal accès à la culture pour tous et l’application des directives communautaires dans ce domaine.
M. le président. La parole est à M. Michel Herbillon.
M. Michel Herbillon. Compte tenu des engagements très clairs que vient de prendre le ministre…
M. François Pupponi. Sera-t-il encore ministre dans quinze jours ?
M. François Baroin, ministre du budget. Dans quinze jours, je pense que oui !
M. Michel Herbillon. …et compte tenu de la possibilité qui m’est donnée de déposer à nouveau mon amendement lors de la loi de finances rectificative, je vais retirer cet amendement.
M. Patrick Bloche et M. François Pupponi. Nous le reprenons !
M. Michel Herbillon. Je précise toutefois que cet amendement reprend une proposition de loi que j’ai cosignée, notamment avec mon collègue Hervé Gaymard, et que nous n’entendons pas baisser les bras dans ce combat de l’exception culturelle, qui est l’apanage de la France…
M. Gilles Carrez, rapporteur général. Nous l’avons bien compris !
M. Michel Herbillon. …un combat qui se trouve en pleine résonance avec les engagements pris par le Président de la République lors de ses vœux au monde de la culture.
Je dois vous dire, monsieur le ministre, qu’en ce qui concerne le livre numérique, nous n’attendrons pas aussi longtemps que nous avons dû le faire pour le taux de TVA sur la restauration.
M. François Pupponi. Parlons-en !
M. Michel Herbillon. Le monde du numérique va vite, plus vite que l’Europe et comme le dit un excellent proverbe chinois : « Il est plus tard que tu ne crois ».
M. le président. J’ai bien noté que l’amendement n° 286, retiré par M. Herbillon, a été repris par M. Bloche.
(L'amendement n° 286, repoussé par la commission et le Gouvernement, n'est pas adopté.)

Suspension et reprise de la séance
M. le président. La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à onze heures trente-cinq, est reprise à onze heures cinquante.)

Extrait de : http://www.assemblee-nationale.fr/13/cri/2010-2011/20110023.asp
En vidéo : http://www.assemblee-nationale.tv/chaines.html?media=1677#

mardi 15 décembre 2009

Le blues du journaliste de jeu video

"Un consensus s'installe progressivement auprès des analystes : Les scores obtenus par les jeux testés dans la presse spécialisée n'ont qu'un très faible impact sur la décision d'achat des consommateurs "

"En terme de rapport rendement/prix, les journalistes coûtent cher pour une influence faible et une crédibilité discutable. Ils sont présents, bruyants mais en fin de compte inutiles, sauf quand on les instrumentalise "

"Si l'on y ajoute les statistiques préalablement dénichées, estimant que le bouche à oreilles est à 41% la source d'information des joueurs, on s'aperçoit que marketing et image de marque sont finalement des facteurs importants qui président à l'achat. La presse spécialisée, quant à elle, fait tapisserie. Alors à quoi sert-elle ? "

C'est le blues de Dereck dans Chamboultout, blog jeu video de Fluctuat Avec en prime un dossier sur le sujet. - un blog que j'aime beaucoup soit dit en passant et que je vous recommande même si , comme moi , vous n'êtes pas joueur -

Hé oui, les petits amis, c'est la dure loi de l'offre et de la demande dans une industrie culturelle : les indicateurs nous parlent du rouleau compresseur du marketing comme une panacée et ne savent pas comprendre donc valoriser dans une chaîne ou plutôt dans un écosystème, le rôle de chacun à son niveau et sur une profondeur d'assortiment, en prenant en compte la fonction positive de la péréquation, le vrai rôle indispensable de la "tautologie d'opinion". - Bon, j'ai perdu tout le monde, là....

Bref, on a du mal à comprendre la valeur ajoutée qu'apporte chaque maillon de la chaîne comme dirait l'excellent François Rouet.



De toute façon, si la valeur ajoutée était le critère de la rémunération des différents métiers du livre ça se saurait : l'auteur roulerait sur l'or. Alors quoi? Les rémunérations propres à chaque métier de la chaîne du livre continueront de se définir par rapport aux grilles de convention collective quelle que soit leur valeur ajoutée. Qu'on cesse donc de nous sommer sans cesse de prouver notre rôle en tant que libraire indépendants, les éditeurs ne nos pairont JAMAIS significativement - faisons le pour être un objet préhensible pour l'Etat, mieux travailler et connaitre nos forces et nos faiblesses, mettons plutôt notre énergie dans la formation à la gestion et nouvelles technologie, notre marketing et notre fidélisation client, tiens. Il se pourrait bien qu'on survive dans les plis du territoire et du web sous forme de cerise :

"... les lecteurs, papier ou web, ne lisent pas les critiques pour confronter une opinion, mais pour conforter la leur. Leur opinion étant façonnée par l'image de marque, leur expérience personnelle avec la licence ou le genre, ainsi que le marketing, les critiques deviennent la cerise sur la gâteau qui valide tout un processus. "



Bon, j'avoue, je joue parfois et je vous le recommande : Flash game d'Amanita design

jeudi 26 novembre 2009

C'était mieux avant CQFD


"L'ECONOMIE DU METIER

Existe-t-il encore des libraires en France ? Un de nos doyens, grand libraire lui-même, nous disait, il y a quelques années "Vous n'en compterez pas dix". Loins de notre pensée d'être aussi sévère. Cependant, nous devons avouer que le nombre se réduit de plus en plus de ceux qui pratiquent avec compétence et dévouement ce métier difficile et compliqué. De quelques centaines ne sera-t-il pas bientôt réduit à quelques dizaines ? Peut-être. Si l'on n'arrive pas à endiguer l'invasion des incompétents qui risque de submerger la Librairie Française.

Conseiller, c'est le rôle délicat, le rôle ingrat du libraire. Mais pour cela il doit connaître les livres qu'il propose. (...) Pourquoi tant de pseudo-libraires ne savent-ils ni conseiller, ni renseigner leur clientèle ? Parceque, depuis trente ans, trop d'acquéreurs de fonds de librairie, ou surtout des créateurs de boutique, sont entrés dans notre profession sans éducation technique préalable ; parceque beaucoup ont trop négligé leur culture personnelle.

Mettre des livres sur des étagères, inscrire Librairie sur une façade de magasin, ne peut suffire à ceux qui font ces gestes pour mériter "le titre", que seul un long apprentissage peut conférer.

(...)

Depuis ces dernières années les diverses industries du Livre ont ressenti une crise qui a inquiété les écrivains aussi bien que les éditeurs et les libraires. Des enquêtes ont été ouvertes, qui ont fait couler beaucoup d'encre.

Pour ma part, je n'hésite pas à dire que cette crise est profonde. Vingt fois, j'en ai analysé les causes et, mes confrères les connaissent comme moi-même.

Car cette crise est d'abord une crise de qualité, et c'est là son importance.

- Qualité des textes édités ;

- Qualité des éditeurs qui les choisissent et les lancent en volumes ;

- Qualité des libraires et revendeurs qui les distribuent au public.

(...)

... l'envahissement de nouveaus venus, que rien ne prédisposait à la pratique d'une profession difficile et délicate, comme l'est la librairie de détail, se précisa puis se précipita (...)

Quels services peuvent rendre aux livres et au public ces installations nouvelles, qui présentent, au milieu de marchandises hétéroclites, les ouvrages de vente facile et la dernière nouveauté à succès? Aucun.

Un véritable libraire, nous l'avons déjà écrit plus haut, outre ses compétences, possède en stock un fonds d'ouvrages nécessaires à la culture. Ce fonds, il l'entretient, le renouvelle, et il forme un personnel capable de le vendre. Or, ce fonds et ce personnel sont coûteux à entretenir, aussi est-il juste qu'en compensation de cet effort en faveur du livre, le libraire véritable puisse profiter de la vente facile de la nouveauté.

Eh bien non ! Cette vente lui est soufflée, subtilisée par des commerçants habiles sans doute, mais qui ne la méritent pas, puisqu'ils prétendent se soustraire pour une grande part aux obligations de notre métier. Cependant, les frais généraux, augmentent alors que diminue la remise accordée par les éditeurs, et voilà où se précise la menace de disparition de la librairie de métier.

(...)

Malgré les soucis, le libraire véritable tient à son métier comme un père à son enfant. Si celui-ci semble débile, son amour croît au lieu de diminuer."

Hélas, trois fois hélas, le sens du mot "débile a bien changé depuis mais, la phrase avec son sens actuel resterait-elle vraie?????? ;-)


Une prochaine fois, on nous racontera comment "Le libraire devient souvent malicieux à force d'entendre débiter des sottises avec conviction et force."

En attendant, des suggestions concernant l'auteur et la date???

mardi 13 octobre 2009

"de toute façon il ne faut jamais avoir peur dans la vie"



Gaymard : le prix du livre
envoyé par Savoie-actu.

Via la librairie La maison du livre, Rodez

10 euros, en vente à la librairie du Rond-Point

Relier les caisses de librairies au central de distribution du livre, une solution contre le pilon? Et respecter les quantités commandées effectivement par les petits libraires, ce serait pas mal non plus. Mais comme on ne vit pas dans un monde particulièrement bien fait, et au lieu de ne rien faire, cette solution -dont une similaire a été mise en place par les NMPP- semble la plus appropriée... et débouchera peut-être sur l'autre après tout!

Bouts de phrases glanées : "Celà demande un effort [lire un livre] ... Les industries culturelles souvent dispensent de tout effort....le silence et le recul... On vit dans une société du bruit, le bruit vous asservit... Dans une société de l'immédiateté il faut toujours régir tout de suite.... Former son jugement, prendre du recul, condition essentielle de la liberté contre les dictatures de l'esprit...."

Celà me fait penser à ce livre qui parait : "L'actualité pure", de Cédric Lagandré, ce 14 octobre:

"Le monde moderne croit qu’il bouge. Mais l’homme moderne, lui, ne bouge pas : il s’inscrit dans un temps paralysé par les dispositifs techniques, une actualité pure, qui déploie devant lui comme au supermarché des possibles pré-vécus qu’il n’a plus à vivre, des paroles pré-parlées qu’il n’a plus à dire, des images pré-vues qu’il n’a plus à voir. Comment se remettre de cette paralysie ? Comment réapprendre à voir, à parler — à vivre ? Tel est l’enjeu des temps qui viennent : ou bien nous parviendrons à répondre à ces questions, ou bien nous crèverons d’une mort qui, elle aussi, ne sera bientôt plus la nôtre.

Cédric Lagandré est philosophe. Ancien collaborateur de la revue Mouvements, il est l’auteur de L’inspiration des Grecs (L’Harmattan, 2000), et de La société intégrale (Climats, 2009).
" -présentation Laurent de Sutter dir de collection Travaux pratiques éd PUF

Et si cette capacité de former son jugement et prendre du recul pouvaient parfaitement apparaitre en dehors du livre, au coeur de ce monde numérique par d'autres moyens, par une évolution des usages du web, que nous ne pouvons intégrer ou concevoir clairement car nous ne sommes pas des digital natives?
Un jour, le livre papier sera à la littérature ce que l'opera est à la musique : un genre codifié qu'il faut réapprendre et qui nous paraîtra loin sans apprentissage. Il est grand temps, pour comprendre quelle place aura le livre papier désormais, de se demander à quoi servent les classiques et quel rapport ils entretiennent avec la modernité, car le rapport avec le livre papier, fait de temps de calme et de recul, devient un "classique".

"Un jour des automates seront capables de raconter des histoires, avec leur style propre, et même une vocation pour le classicisme " Il est temps de sortir de ses propres automatismes et grand temps de lire Calvino -> Si vous passez à la librairie un w-e, achetez moi ce bel exemplaire de la machine littérature de Calvino, il ne sera jamais démodé, et vous serez toujours plongé dans l'actualité où que vous l'ouvriez... et en plus, ça me fera rudement plaisir ;-)

mardi 22 septembre 2009

le prix du strapontin sur la toile


Amazon veut être vendeur exclusif sur les sites qui se servent de ses services. (info via Actualitté)

En vérité, qui s'étonnerait qu'Amazon, après avoir capté des parts de marché à coup d'offre de contenus et services associés gratuits afin d'obtenir une place hégémonique, mette en place son retour sur investissement ? Je ne sais pas ce qui m'agace le plus : celui qui écrase ou celui qui clame son indépendance de façon si indignée, que du coup on se demande comment il a pu fonder tout son modèle en complète dépendance technique...

Amazon organisera son retour sur investissement (colossal) , un autre outsider viendra, qui cassera les prix des services ou en proposera d'autres, un peu comme on trouve toujours un discounter qui casse encore plus les prix. Et à ce moment-là, il est à parier qu'Amazon se ralliera à la demande des acteurs du secteur d'avoir une loi cadrante sur le livre numérique sur le modèle du livre papier. Un peu comme les soi disant libérateurs de la culture d'hier par le discount, soutiennent mordicus la loi du prix unique aujourd'hui.

Il suffit d'attendre un peu.

mercredi 22 juillet 2009

La diffusion des petits éditeurs : unenouvelle expérience

Nouvelle expérience sur le scène de la diffusion des petits éditeurs, ML2D, la coopérative d'éditeurs en Franche-Comté décrite par Actualitté et par Livres hebdo. Ce qui est très intéressant, c'est le rôle du CRL dans ce projet :


"ARRETE N°2009-2406-02207 PORTANT AGREMENT D’UNE SOCIETE COOPERATIVE D’INTERET COLLECTIF
(...)
CONSIDERANT que l’activité exercée par la SCIC SARL, Maison du livre Diffusion, Distribution constitue un service d’intérêt collectif à caractère d’utilité culturel, social et économique.
SUR proposition de M. le Secrétaire Général de la Préfecture du Doubs ;
Article 1 : La SCIC SARL Maison du livre Diffusion Distribution (ML2D) dont le siège social se situe 25 chemin des Planches 25000 Besançon est agréée pour une durée de cinq ans renouvelable en qualité de Société Coopérative d’Intérêt Collectif. " (extrait du recueil des actes administratifs)

Et pour mémoire, ça vaut le coup de reparcourir l'excellent travail de Françoise Claustres pour la FILL sur : "Étude sur la diffusion et la distribution du livre en région (mars 2009)"

mercredi 24 juin 2009

carte de voyage de la librairie en idf

J'adore les cartes, je suis servie : le premier rapport d'étape d'une cartographie de la librairie en région ile de France par le Motif, c'est par là. "La cartographie une fois achevée offrira une visibilité globale sur l’accès au livre en Ile-de-France. Elle aidera par exemple les libraires à définir un lieu d’implantation, les éditeurs à diffuser leurs ouvrages. "

Une cartogaphie à prendre avec des pincettes car la base de données de référence -mouvantes forcément- n'est pas encore bien stabilisée. Un bon outil parmis d'autres pour aborder les particularités d'un territoire...

On attend impatiemment la cartogaphie finale !

mardi 2 juin 2009

L'ADELC a un site... comment dire...

... minimaliste

... et une Google map des libraires aidés.

J'adore les rapports. Je les collectionne. J'en ai référencé quelques uns dans la colonne de droite de ce blog (MECANISMES CIRCUITS & ANALYSES). Pour le plaisir.

Evidemment, ce n'est que la partie émergée de l'iceberg, ce qui est drôle, c'est de reconnaître la forme de l'iceberg dentre les lignes du rapport. Et c'est un sport que j'aime particulièrement. Un sport collectif car la réalité est toujours assez complexe, tellement on louvoie entre les egos et les politiques dans nos milieux du livre.

Le site de la bbf donne à lire un spécial "rapports", les replaçant rapidement dans leur contexte. Mon préféré : Le rapport Pingaud-Barreau avec cet extrait :
"Le poly, véritable drogue de l'enseignement supérieur [...] prive les bilbliothèques et les libraires de leur public naturel." p226 - Vintage-

A lire aussi les conseils à un jeune rédacteur de rapport , très drôle. Qui me rappelle combien j'ai une sainte horreur de cet exercice et combien de façon générale je déteste tout exercice écrit normé. Pouah !

vendredi 17 avril 2009

"Il ne reste rien du Tanger légendaire, celui des écrivains et des artistes de l’après-guerre [...] La Librairie des Colonnes aujourd’hui est vide, elle ne voit plus passer Jean Genet ..." écrit Serge Roué dans ses carnets de ville. Attention à la carte postale du touriste en mal d'exotisme, lui répond le libraire en question qui clame ses actions et rappelle le système de commercialisation et le marché du livre au Maroc "Il est effectivement difficile d’avoir accès à ces informations, si je ne suis pas à la librairie… Mais il y a des moyens, toujours, de savoir ce qui se passe ici."

mardi 14 avril 2009

aller au théâtre : il faut du temps d'imaginaire disponible

"Comme le remarque Yves Clot, les conditions d’exploitation au travail sont aujourd’hui telles que les travailleurs en arrivent à être privés de leur potentialité de curiosité et de création. Si on ne respire pas au travail, on ne respire pas à l’extérieur, on ne va pas au théâtre et on préfère le divertissement. Cela a évidemment des conséquences sur la création artistique puisque des gens qui pourraient venir au théâtre n’y viennent pas, et parfois, les artistes cèdent dans leur propre pratique et se laissent aller au divertissement. En deçà des modalités de l’action culturelle, il faudrait faire en sorte que l’artiste et le spectateur regardent l’autre comme un travailleur." Jack Ralite pour la Terrasse spéciale Avignon

lundi 30 mars 2009

cette note est-elle assez orientée pourqu'on n'ait pas besoin d'y revenir et qu'on puisse bosser avec le soutien inconditionnel de l'acteur public???

Situation du livre – Évaluation de la loi relative au prix du livre et Questions prospectives :
Rapport d’Hervé Gaymard à la Ministre de la culture et de la communication -> LIRE

le catalogage improvisé

La patate chaude d'avant hier - et la mienne du jour car cette semaine on a commencé à construire une nouvelle version du site de la lib et je m'arrache les cheveux sur l'enrichissement de nos fiches livre- s'appelle le catalogue enrichi libre d'accès pour le livre. Une fonction technique que fournit Amazon sans échange monétaire. C'est clair, les libraires n'ont pas créé pas ce service pour les bibliothécaires, ni pour leurs clients en ligne. Pour plein de raisons. Mais la principale je pense est qu'ils considèrent que le catalogage et la création/gestion/stockage de contenu bibliographique numérique n'est pas leur métier. Celà leur fait un point commun avec les bibliothécaires qui considèrent que ça n'est pas non plus le métier du bibliothécaire ;-)


"c'est bien vous [les libraires] les intermédiaires directs, et légitimes, entre nous et les éditeurs ?" se demande desperate librarian housewife, en commentaire à l'article sur Livres échanges...

"L'usager lambda d'un bibliothèque se contrefiche (mais alors, totalement) de savoir d'où viennent les vignettes. Il veut un catalogue attrayant, facile à utiliser, auquel il peut éventuellement participer, et qui lui fasse des suggestions de lecture. Que ceci soit construit de telle ou telle manière le laisse totalement indifférent, je vous assure." dbo en commentaire à l'article sur Livres échanges...

Oui, j'en rêve aussi, mais j'avoue : je ne suis pas une pisse-copie... j'ai l'impression que ma vie dans les mots avec les gens s'exprime par le spectacle vivant, la façon dont je parle aux lecteurs, la façon dont j'occupe l'espace en librairie à un instant donné, dont j'agence et je choisis les livres chaque jour, comment j'invente la parole pour lier la personne à ce texte qu'elle ne connait pas. Mais alors ne me demandez pas d'écrire !! C'est comme si je faisais une improvisation en musique et que vous me coupiez pour me demander la partoche...

Comment reproduire la parole vivante et adressée à quelqu'un dans un instant particulier????

dimanche 11 janvier 2009

"ils fonctionnent différemment"

"Surtout, le Net transforme le rapport à la lecture. "Les jeunes n'ont aucune mémoire de l'avant Google. Il ne leur vient pas à l'idée d'aller en librairie. Ils fonctionnent différemment, n'ont que faire des critiques de livres ou des suppléments littéraires des journaux. Autonomes, ils ne font confiance qu'à leur jugement et fonctionnent en réseau hyper-connecté. Si l'un a adoré un livre, tout son entourage va le lire."" Sylvain Cypel , Le Monde 09.01.2009

Faire communauté, c'est un des savoir faire du libraire, réussira-t-il à faire communauté commune avec "les jeunes"??

mardi 9 décembre 2008

“chaque homme, chaque femme, chaque enfant est condamné à consommer dans l’intérêt de l’industrie.”

Une phrase du meilleur des mondes de Huxley citée par Bernard Girard sur Aligre FM (lire sa chronique) , dans son intéressante chronique qui parle de l'obsolescence comme un choix de mode de production, et donc de commercialisation appliqué pour répondre à la crise des années 30 :



"En 1932, un consultant britannique appelé Bernard London a écrit et publié un livre dont le titre est à lui tout seul un programme : Ending the depression through planned obsolescence, sortir de la dépression par une obsolescence programmée. L’argument au coeur de ce livre est que la grande dépression est de la faute de ces consommateurs qui utilisent trop longtemps leurs équipements industriels, voiture, réfrigérateur… et qu’il faut donc faire en sorte qu’ils soient forcés de les renouveler plus rapidement. "

Et la mécanique s'emballe, à tel point qu'aujourd'hui, on ne se souvient plus que c'est une vraie construction économique et sociale, et pas forcément le seul rapport qu'on peut avoir avec les choses et l'acte d'achat.
Il y a aujourd'hui un hiatus entre la dynamisation par des moyens marketing du catalogue d'éditeur qui joue sur une dynamique d'obsolescence et "la vie du fonds" auquel on donne sens en tant que libraire par le conseil et la mise en scène, et qui se place dans un autre rapport à l'actualité et au temps.

lundi 17 novembre 2008

le livre comme maquillage

« Je n’ai pas vu l’intérêt de l’édition classique. A quoi bon envoyer trente manuscrits, essuyer autant de lettres de refus si c’est pour en arriver là ? J’avais sous la main de quoi offrir à mon livre le même maquillage que n’importe quel best-seller, de la relecture à la mise en page en passant par la couverture, alors pourquoi m’embêter avec un éditeur ? Quant à choisir Books on Demand, je me suis dit que mon livre serait plus visible dans une nouvelle vitrine plutôt que sur l’étalage surchargé d’une enseigne similaire installée depuis longtemps. Il est évident qu’il faut sauter sur l’occasion, pour le moment BoD est jeune en France et offre une visibilité exceptionnelle à tous ses nouveaux auteurs." Pourquoi Gaspard Walter a choisi BoD, Books on Demand pour s'éditer. Celles de Jean-Pascal Ansermoz "la liberté d’action laissée à l’auteur" sont plus convaincantes. "une visibilité exceptionnelle à tous ses nouveaux auteurs" en effet, c'est le rêve de tous les auteurs, et c'est un savoir faire qui s'appelle la diffusion.... Encore une fois, croire que créer l'objet est une fin en soi, c'est vraiment méconnaître ce qui fait l'échange social autour de la culture.

BoD reste comme Lulu intéressant pour relier sous forme de livre des documents, or l'édition c'est bien plus que ça...

mardi 12 août 2008

le problème du coup de coeur et du conseil

Le coup de coeur du libraire poussé à son paroxysme : un seul livre recouvre une table, estampillée par le libraire "Je joue ma réputation de libraire sur ce livre" Résultat : "(...) ils n'ont acheté qu'un seul livre, débarrassés de la corvée du choix. " (raconté par l'intéressé sur Bibliobs).


Cet été, les clients ne chercheraient plus du sur-mesure mais du standard... Oui, certains surement, cherchent un label "investissement garanti sans risque".

Mais quand même, ils prendraient moins de risque en nous demandant conseil, je ne pense pas qu'il existe des livres universels en librairie, càd "bons" pour tous. Je me casse la tête toute la journée pour imaginer l'écriture et le type d'histoire qui correspondront le mieux à ces pièces de puzzle que me tend le client, que je lui arrache un peu aussi à coup de questions.

Parfois j'ai l'impressionde jouer à "qui est-ce?" : est-ce qu'il a des moustaches? est-ce qu'il porte un chapeau? Est-ce qu'il a un gros nez? En effet, à partir d'une première idée, plusieurs pistes me viennent en tête, et je pose des questions pour choisir celle qui est la plus appropriée, mais j'ai déjà des pistes en tête.

Parfois, on se perd en route ou je me rends compte qu'il y a une terra incognita dans mon catalogue personnel et je suis mal barrée... (vitevite, trouver une idée pour faire transition vers un continent connu, n'ayons l'air de rien, soyons désinvolte)... grand moment de solitude....

mais en général, on est étonné de la façon qu'on a d'imaginer au pied levé les questions qui permettront de circonscrire la recherche dans un champs qu'on connait. Si bien qu'après coup en y repensant, je me dis que ma cartographie personnelle est parfois très très bizarre, qui me fait penser à la préface de "Les Mots et les choses" de Michel Foucault:


"Ce livre a son lieu de naissance dans un texte de Borges. (...) Ce texte cite « une certaine encyclopédie chinoise » où il est écrit que « les animaux se divisent en : a) appartenant à l'empereur, b) embaumés, c) apprivoisés, d) cochons de lait, e) sirènes, f) fabuleux, g) chiens en liberté, h) inclus dans la présente classification, i) qui s'agitent comme des fous, j) innombrables, k) dessinés avec un pinceau très fin en poils de chameau, l) et caetera, m) qui viennent de casser la cruche, n) qui de loin semblent des mouches ». Dans l'émerveillement de cette taxinomie, ce qu'on rejoint d'un bond, ce qui, à la faveur de l'apologue, nous est indiqué comme le charme exotique d'une autre pensée, c'est la limite de la nôtre : l’impossibilité nue de penser cela. "

Je donnerais cher pour lire dans la pensée des libraires quand ils conseillent et voir cette taxinomie fabuleuse en mouvement.

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