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jeudi 2 avril 2009

Etre femme en librairie

Adorable Josette Desmars, qui n'a jamais aimé faire les vitrines car elle n'est pas manuelle, qui adore aider ses clients à trouver leurs cadeaux pour chaque membre de la famille à Noël, et qui n'est jamais aussi heureuse que quand elle peut discuter avec les clients (et les conseils de lecture vont dans les deux sens! ) ou quand les enfants s'installent pour bouquiner ! Elle aurait bien continué encore un peu malgré ses 40 ans de métiers presque sans vacances...

Le chariot d'or, lieu de vie familial. (entretien avec Pierre Cohen Hadria pour Melico)

jeudi 19 mars 2009

sombre vitalité

Nous avons beaucoup de petites maisons d'édition spé théâtres à la librairie, qu'un petit libraire généraliste - genre auquel j'appartenais il y a encore un an et demie - peut avouer sans honte ne pas les connaître toutes, tellement elles sont spécialisées... Je pense à Quartett, ou Color Gang par exemple. C'est dommage car il y a de vraies pépites comme les textes de Sébastien Joanniez qui peuvent être interclassés avec la littérature et dépasser leur genre... car on le sait, le rayon théâtre est difficile à faire vivre en librairie généraliste, il faut ruser...


De temps en temps, en passant devant un rayon, je tend le bras et j'attrape une couv qui m'accroche, un titre qui m'interpelle.

Là en l'occurrence, c'est la patte de Martin Verdet (un des lauréats du concours des plus beaux livres français) pour les éd Le Miroir qui fume qui m'a attrapée par le col.
Les couv se passent de commentaire : graphiques tout en restant lisibles, modernes sans être "tendance". Bref, extra.
Un format semi poche, carré, une police large mais juste ce qu'il faut (j'adore avoir la place d'écrire sur mes livres), une colle de bonne qualité (j'ai horreur des pages qui se détachent), un papier qui a de la matière (j'aime pas les papiers trop lisses ni blanc javel) bref, un vrai bonheur.

Et c'est comme ça, par un concours de circonstance complètement fortuit et superficiel, que j'ai pris une monumentale claque en découvrant Ximena Escalante, écrivain mexicain qui dit comme personne le ravage et la violence des désirs troubles qui tordent et oppressent. Avec un humour noir ravageur, une écriture serrée et extrêmement belle, tendue et si moderne. (un tour de force du traducteur Philippe Eustachon)
Un univers si mexicain, si féministe, mais écrit en dehors de tout motif proprement local ou féministe. Quelle surprise de l'entendre hier au salon du livre où elle était interrogée par son éditeur français Manuel Ulloa, citer Pascal, Voltaire et Racine comme ses lectures françaises préférées !! On se posait la question de savoir si une écriture violente et drôle existait en français sur ces mêmes thèmes, et à la réflexion, je dirais que Marion Aubert, surtout ses courts textes du recueil "La famille", est tout à fait de la même famille.
"Moi aussi je veux un prophète"

Le roi Hérode a emprisonné le prophète. La famille royale et son entourage se l'approprient pour combler leurs manques. Le roi Hérode angoissé par son vide intérieur le réduit au silence pour en faire le confident idéal, Salomé adolescente en rivalité avec sa mère en fait son amant, la reine Hérodias, manipulée par l'obsession de son image, se voit dépossédée du rôle central qu'elle voudrait tenir. Le prophète est mutilé et révèle les obsessions de chacun jusqu'à la mort.

Ximena Escalante racontait hier que c'est lors d'une mise en scène de Phèdre, qu'elle suivait, qu'elle a eu envie de réécrire Phèdre. Or le texte ne pouvait pas être modifié, alors ces réécritures ont donné naissance à ce texte d'une troublante vitalité mortifère et étouffante.


Le théâtre mexicain est un théâtre très peu traduit, dont les éditions Le miroir qui fume sont spécialistes. D'ailleurs il n'y a qu'à voir ma sélection spéciale "dramaturges mexicains" sur le site de la librairie pour le constater : une maison d'édition tout à fait indispensable !

jeudi 16 août 2007

"égalité, liberté, féminité"

Rediffusion du Magazine Interception (Fce Inter) à propos du féminisme aujourd'hui : écoute à la carte, bibliographie et liens sur le site.

mardi 31 juillet 2007

Un bon début

Tiens tiens, un nouveau blog : celui de la librairie "Aux vents des mots" à Gardanne.

Et déjà une petite douceur : un aperçu du prochain livre de Claude Pujade-Renaud :

"
"Tout ce qu'ont de plus noir et la haine et l'amour". Je vérifie la date. Mon père avait moins de vingt-cinq ans lorsqu'il a rédigé cet alexandrin, qu'en connaissait-il donc, à cet âge, de l'amour et de la haine ? Et moi, à trente-deux ans, je m'aperçois que j'en ignore l'essentiel. (...) je sens trop combien mon père évoque de tout autre passions, une violence, un délire presque." (voir de quoi il retourne sur le blog dudit libraire)

heu... pour le graphisme, je repasserai...

découvert via l'ARL PACA

dimanche 3 septembre 2006

Une chambre à soi, Virginia WOOLF


Une chambre à soi, avant de le lire, je pensais que c'était un pamphlet brillant, incisif sur la condition des femmes et le mépris dont elles souffrent. Hé bien, non, pas vraiment : c'est un texte tout en méandres, qui demande à être suivi patiemment. La fiction de la promenade puis des réflexions au gré de lectures m'a déplu, mais quel humour, quelle intelligence et quelle patience dans ce récit. Elle déplie méticuleusement les moments de sa réflexion, on voit qu'elle a mitonné son texte alors que franchement, le sujet prête à la révolte et au ton passionné. Finalement, Virginia Woolf arrive à prendre le sujet (et le lecteur avec) dans ses filets et resserre, resserre.... A lire avec un crayon pour ne pas laisser passer toutes les perles de ce texte.

Une chambre à soi, Virginia Woolf, éditions 10/18 (format poche) initialement édité en grand format aux éditions Denoël , trad. Clara Malraux.

Si vous lisez un peu l'anglais je vous conseillle vivement la version originale de ce texte, la traduction française faisant parfois l'impasse sur des images étonnantes :

A Room of One's Own, éditeur Cambridge University Press

Photo :
Nicole Kidman interprète Virginia Woolf dans le film "The Hours" de Stephen Daldry


dimanche 22 janvier 2006

Les maisons hantées de Meyer Levin, Tereska TORRES

Tereska Torres est écrivain, Meter Levin, son mari, aussi. Mais c'est juste une histoire de couple que nous raconte Tereska Torres, une histoire de vie de femme. Avec une infinie tendresse elle nous raconte la course folle pour ne pas se laisser repousser par son mari. Le récit nous plonge vraiment au coeur de son quotidien, avec tous les compromis qu'on peut faire pour sauver sa relation quand l'autre s'éloigne. Ce n'est pas une femme, mais une idée qui lui ravit son mari. Une idée qu'elle voit petit à petit s'emparer d'un homme et le changer. C'est le cauchemard répété car cette idée ne laissera plus jamais Levin en paix, et dictera fourbement toutes ses attitudes. Tereska Torres a bien envie plusieurs fois de partir, souvent elle ne sait plus comment réagir, elle n'en peut plus, mais. Mais elle se bat au quotidien pour faire émerger les parties restantes de son mari et sans faire la bonne soeur, essayer de garder contact avec l'homme qu'elle aime et qui est désormais, elle s'en rend compte petit à petit, pris entre des tentacules qui ne lâcheront pas prise.

Je laisse de côté la question de savoir dans quelle mesure Tereska Torres réécrit sa vie, car je trouve ça complètement étranger au propos de ce livre.

Les maisons hantées de Meyer Levin, Tereska TORRES, éditions Phébus (grand format), collection le vif du sujet, ISBN 275290066X

dimanche 16 octobre 2005

Christine Lavransdratter, Sigrid UNDSET

On trouve souvent "Printemps" en librairie, et je vous le déconseille absolument, tellement chacun des trois tomes de "Christine Lavransdratter" est infiniment plus beau. Elle est publiée aux excellentes éditions Stock en grand format mais elle est assez oubliée : dans les écrivains nordiques, si vous demandez une femme, vous trouverez Selma Lagerlöf ou Karen Blixen, mais on a oublié la norvégienne Sigrid Undset (1882-1949, prix Nobel 1928).

La premère fois que j'en ai entendu parler, c'était par Marina Tsvetaieva, qui suppliait dans ses lettres son amie Anna Teskova de lui envoyer de Prague une bonne édition de "Jenny" de Sigrid Undsvet. Et quand elle la reçoit : bonheur.

"Christine Lavransdratter", une vie de femme en trois tomes, une vie passionante et bouleversante. On plonge dans la Norvège du moyen-âge mais les passions humaines restent inchangées. Surtout, ce qui est vraiment très bien rendu, c'est la difficulté à trouver sa place par rapport au temps et à ceux qui nous entourent : on n'a pas le temps de prendre du recul, on est au coeur de la vie, la proie de rêves et de regrets en même temps.

Christine Lavransdratter, Sigrid UNDSET, éditions Stock (grand format)
(Tableau : Anders Svarstad, Sigrid Undsted, 1910.)

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