Premier été depuis longtemps sans SP, sans obligation de préparer la rentrée littéraire pour les clients car je ne serai pas à leur contact à la rentrée.
La rentrée littéraire c'est un rendez vous incontournable et assez drôle, bien la préparer permet vraiment de s'exprimer en tant que libraire, de construire un univers qui a du sens dans le bruit ambiant. Mais voilà, moi l'été j'aime lire pour moi seulement.
Même si c'est sympa d'être dans le secret des Dieux et d'échanger entre libraires (et toi, t'as lu quoi de bien? tu penses quoi du dernier machin?), je dois dire que la seule préparation de rentrée qui m'ait vraiment plu c'était celle faite avec le Cybook prêté par ePagine. (description de l'opé ici). Un excellent outil professionnel, j'ai vraiment aimé confiner dans un espace de travail transportable un grand nombre de livres et lire en parallèle plusieurs titres, grapiller, gouter un peu tout et mieux choisir ceux que je lis en entier. Manque à cet outil l'aspect communautaire de notre préparation de rentrée : on se partage le boulot entre libraires de façon non organisée et informelle, car on peut pas tout lire. Chacun défriche des pans de rentrée et par ses échanges avec les autres, se contruit une cartographie personnelle de la rentrée en rapprochant les relevés de chacun, qu'il exprimera en librairie. C'est vraiment un moment particulier de convivialité professionnelle pour nous, libraires et éditeurs.
Toute l'année j'accumule les frustrations à force de lire en priorité pour la librairie ou le boulot. Tout m'intéresse, mais j'en perd de vue ce que je veux vraiment lire au moment où j'en ai envie. J'ai une pile de livres amassés dans l'année, en majorité :
-classiques
-mythiques (dans ma mythologie personnelle bien sûr ;-)
-avec beaucoup de pages
J'en profite pour faire des arrêt sur image en lisant quelques biographies et des bouquins de critique et d'histoire littéraire en parallèle. Et comme mes livres étaient dans une cave depuis mars dernier pour cause de déménagement compliqué, je vais avoir le plaisir de les ranger un à un cet été, voilà quelques titres de littérature qui m'appellent du fond des cartons :
Les Chroniques de Froissart
La Divine Comédie de Dante
Jack O'Bray la Chance T5
Diadorim
L'anneau et le livre
Les leçons de Nabokov (mais dans les éd Stock)
Titus errant et Gormenghast
Central Europe de Vollmann
On voit bien qu'il n'y a pas la place pour la rentrée littéraire, franchement. Et vous, votre pile en souffrance de lecture perso pour cet été ???
(illustration : thomas allen)
jeudi 22 juillet 2010
je préfère partir en vacances avec de vieux lourds touffus
jeudi 19 mars 2009
sombre vitalité
Nous avons beaucoup de petites maisons d'édition spé théâtres à la librairie, qu'un petit libraire généraliste - genre auquel j'appartenais il y a encore un an et demie - peut avouer sans honte ne pas les connaître toutes, tellement elles sont spécialisées... Je pense à Quartett, ou Color Gang par exemple. C'est dommage car il y a de vraies pépites comme les textes de Sébastien Joanniez qui peuvent être interclassés avec la littérature et dépasser leur genre... car on le sait, le rayon théâtre est difficile à faire vivre en librairie généraliste, il faut ruser...
De temps en temps, en passant devant un rayon, je tend le bras et j'attrape une couv qui m'accroche, un titre qui m'interpelle.
Et c'est comme ça, par un concours de circonstance complètement fortuit et superficiel, que j'ai pris une monumentale claque en découvrant Ximena Escalante, écrivain mexicain qui dit comme personne le ravage et la violence des désirs troubles qui tordent et oppressent. Avec un humour noir ravageur, une écriture serrée et extrêmement belle, tendue et si moderne. (un tour de force du traducteur Philippe Eustachon)Ximena Escalante racontait hier que c'est lors d'une mise en scène de Phèdre, qu'elle suivait, qu'elle a eu envie de réécrire Phèdre. Or le texte ne pouvait pas être modifié, alors ces réécritures ont donné naissance à ce texte d'une troublante vitalité mortifère et étouffante.
Le théâtre mexicain est un théâtre très peu traduit, dont les éditions Le miroir qui fume sont spécialistes. D'ailleurs il n'y a qu'à voir ma sélection spéciale "dramaturges mexicains" sur le site de la librairie pour le constater : une maison d'édition tout à fait indispensable !
mardi 14 octobre 2008
l'origine du monde littéraire
Image : Aurelia Aurita pour Libé, dimanche 4 mai 2008
vautrage en mer
Les ponts chamboulent nos emplois du temps, alors une fois n'est pas coutume : ce matin ce n'est pas l'habituelle course frénétique à l'échantillon de lecture, mais la délicieuse plongée dans une histoire de flibuste : Les aventures de Jack Aubrey de Patrick O'Brian. Et quand je dis plongée, c'est véritablement en apnée, tellement on est pris dans le récit et on s'accroche aux personnages, à tel point que seule la fin pourra m'arracher de force à la lecture. Rien que de penser qu'il y aura forcément une fin et un dernier tome me désole (notez bien que j'en suis seulement au deuxième roman du T2, chaque tome comprenant 4 roman, ce qui me reste au bas mot 14 romans avant la fin, autant dire que si je veux un jour recommencer à lire autre chose, il va falloir sérieusement mettre un coup d'accélérateur ou trouver un moyen de me sevrer)
Il y a des romans comme ça dont on est douloureusement dépendants : on ne peut plus lire autre chose et on ne pense plus qu'à ça, on les dévore tant et si rapidement que c'est une véritable douleur d'arriver à la fin, mais aussi une délivrance. Une vraie drogue.
Ma dernière lecture obsessionnelle était Dune de Herbert. Mais aussi, quelle idée de lire à l'âge adulte des romans connus pour être des lectures d'adolescent??? Ca me fait l'effet des maladies infantiles qui, attrapées à l'âge adulte, se révèlent plus malignes et même dangereuses.
Et tout ça à cause de Phlippe du Livre écarlate. Il m'avait conseillé O'Brian, et je luis avais ri au nez (moi, lire des histoire de flibuste?? ça m'intéresse pas et j'ai passé l'âge, non mais !) Et puis j'ai vu par hasard à La Villette le film "Master and Commander" (tiré de O'Brian) et ça m'a tellement plu que je suis revenue chez Philippe pour essayer et paf, Philippe est bien vengé.
Librairie le Livre écarlate
Philippe Leconte
31, rue du Moulin-Vert
75014 PARIS
TéL 01 45 42 75 30
samedi 17 novembre 2007
La ferme sur le Rio Esmeraldas
"La Ferme sur le Rio Esmeraldas est un livre déchirant sur l'échec des bonnes intentions et de l'idéalisme venus se briser contre la pauvreté et les différences culturelles." Préface de La Ferme sur le Rio esmeraldas, Moritz Thomsen, éd. Phébus coll. d'ailleurs
Quand ce livre a été remis à l'office, j'étais apprentie libraire dans une chouette librairie. Mais tout ce que je lisais me tombait des mains. J'avais besoin de quelquechose comme le crissement d'une craie sur le tableau au coeur d'un tableau du Douanier Rousseau. Je n'ai plus laché ce livre.
Dans le même ordre d'idée, humour et dérision appliqués aux bonnes intentions : Nigel Barley (éd Payot Rivages).
