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jeudi 22 juillet 2010

je préfère partir en vacances avec de vieux lourds touffus

Premier été depuis longtemps sans SP, sans obligation de préparer la rentrée littéraire pour les clients car je ne serai pas à leur contact à la rentrée.

La rentrée littéraire c'est un rendez vous incontournable et assez drôle, bien la préparer permet vraiment de s'exprimer en tant que libraire, de construire un univers qui a du sens dans le bruit ambiant. Mais voilà, moi l'été j'aime lire pour moi seulement.

Même si c'est sympa d'être dans le secret des Dieux et d'échanger entre libraires (et toi, t'as lu quoi de bien? tu penses quoi du dernier machin?), je dois dire que la seule préparation de rentrée qui m'ait vraiment plu c'était celle faite avec le Cybook prêté par ePagine. (description de l'opé ici). Un excellent outil professionnel, j'ai vraiment aimé confiner dans un espace de travail transportable un grand nombre de livres et lire en parallèle plusieurs titres, grapiller, gouter un peu tout et mieux choisir ceux que je lis en entier. Manque à cet outil l'aspect communautaire de notre préparation de rentrée : on se partage le boulot entre libraires de façon non organisée et informelle, car on peut pas tout lire. Chacun défriche des pans de rentrée et par ses échanges avec les autres, se contruit une cartographie personnelle de la rentrée en rapprochant les relevés de chacun, qu'il exprimera en librairie. C'est vraiment un moment particulier de convivialité professionnelle pour nous, libraires et éditeurs.

Toute l'année j'accumule les frustrations à force de lire en priorité pour la librairie ou le boulot. Tout m'intéresse, mais j'en perd de vue ce que je veux vraiment lire au moment où j'en ai envie. J'ai une pile de livres amassés dans l'année, en majorité :
-classiques
-mythiques (dans ma mythologie personnelle bien sûr ;-)
-avec beaucoup de pages

J'en profite pour faire des arrêt sur image en lisant quelques biographies et des bouquins de critique et d'histoire littéraire en parallèle. Et comme mes livres étaient dans une cave depuis mars dernier pour cause de déménagement compliqué, je vais avoir le plaisir de les ranger un à un cet été, voilà quelques titres de littérature qui m'appellent du fond des cartons :

Les Chroniques de Froissart
La Divine Comédie de Dante
Jack O'Bray la Chance T5
Diadorim
L'anneau et le livre
Les leçons de Nabokov (mais dans les éd Stock)
Titus errant et Gormenghast
Central Europe de Vollmann

On voit bien qu'il n'y a pas la place pour la rentrée littéraire, franchement. Et vous, votre pile en souffrance de lecture perso pour cet été ???

(illustration : thomas allen)

vendredi 5 février 2010

Attaque-parade-riposte

Attaque, parade, riposte , c'est l'enchainement typique de base à l'escrime.

En cas d'attaque à la librairie, vous faites quoi? On a tous nos petites façons de contrer l'agressivité quotidienne.

Ma parade : "Pardon, vous pouvez répéter s'il vous plait ?" Variante : répéter la phrase à haute et intelligible voix vous-même "vous dites que...".
-> effet : "be kind, rewind" : là en général, la grossièreté ou le flou de la question apparait évident et le client s'excuse et reprend depuis le début correctement. Particulièrement efficace pour les marmonnements qui se veulent adressés de travers en passant l'air de pas vous avoir parlé ou les remarques désobligeantes à la cantonnade.
La riposte : "Qu'est ce que vous attendez de moi?" (c'est encore mieux quand on peut laisser la personne soliloquer longtemps et qu'on lui lance cette question après 2mn de silence pendant qu'elle se sent bête après sa colère et qu'elle reprend son souffle - ou encore dès la première phrase au lieu de demander ce qui ne va pas, passer tout de suite à la riposte, super pour couper les effets de manche et permettre de continuer ses retours tranquilles par ex ;-)
-> effet : "what else?" alias "n'ayons peur de rien, soyons désinvolte" - et comme souvent les gens qui vous attaquent n'attendent rien que de pouvoir râler et passer leur colère en public, ma foi, c'est assez magique : ils bafouillent et se taisent en général et ça commence souvent par "je sais pas, moi.... oui enfin bon" ou "un échange/remboursement/avoir" auquel cas la réponse coupe pattes est "oui, il vous fallait autre chose?" "non" emballé c'est pesé.

Ca marche avec pratiquement tout, de l'appel incivil genre "hé vous, là-bas" à la question irrespectueuse "non mais c'est quoi ça?" ou "et le livre, il est où?"


Mais bon, parfois, si on se donne la peine de répondre habilement, on peut créer de véritables perles avec le concours des clients, qu'ils en soient remerciés, celà égaye mes w-e et illumine mes semaines encore pour longtemps , ex :

-cliente : - "ils l'ont, ce livre, à la FNAC?"
-libraire : - "je ne sais pas madame, je ne travaille pas avec la FNAC"
- cliente : - "mais enfin, ils l'ont, oui ou non?"
- libraire : - "je ne sais pas, madame, je ne peux pas vous répondre"
- cliente : - "mais enfin, faites un effort"

ENJOY ;-)

lundi 29 juin 2009

les sacs écolos de Phébus

En ce moment en librairie : des sacs en maïs, initiative remarquable des éditions Phébus. J'aime pratiquement tout le catalogue Phébus, malheureusement, une vie humaine n'y suffirait pas. Mes auteurs préférés :
- Moritz Thomsen
-Tereska Torrès
- Jacques Yonnet
- Attila Josef
-Leo Perutz
- ETA Hoffmann
et un jour, je lirai les tomes du Quinconce...

jeudi 2 avril 2009

Etre femme en librairie

Adorable Josette Desmars, qui n'a jamais aimé faire les vitrines car elle n'est pas manuelle, qui adore aider ses clients à trouver leurs cadeaux pour chaque membre de la famille à Noël, et qui n'est jamais aussi heureuse que quand elle peut discuter avec les clients (et les conseils de lecture vont dans les deux sens! ) ou quand les enfants s'installent pour bouquiner ! Elle aurait bien continué encore un peu malgré ses 40 ans de métiers presque sans vacances...

Le chariot d'or, lieu de vie familial. (entretien avec Pierre Cohen Hadria pour Melico)

jeudi 19 mars 2009

sombre vitalité

Nous avons beaucoup de petites maisons d'édition spé théâtres à la librairie, qu'un petit libraire généraliste - genre auquel j'appartenais il y a encore un an et demie - peut avouer sans honte ne pas les connaître toutes, tellement elles sont spécialisées... Je pense à Quartett, ou Color Gang par exemple. C'est dommage car il y a de vraies pépites comme les textes de Sébastien Joanniez qui peuvent être interclassés avec la littérature et dépasser leur genre... car on le sait, le rayon théâtre est difficile à faire vivre en librairie généraliste, il faut ruser...


De temps en temps, en passant devant un rayon, je tend le bras et j'attrape une couv qui m'accroche, un titre qui m'interpelle.

Là en l'occurrence, c'est la patte de Martin Verdet (un des lauréats du concours des plus beaux livres français) pour les éd Le Miroir qui fume qui m'a attrapée par le col.
Les couv se passent de commentaire : graphiques tout en restant lisibles, modernes sans être "tendance". Bref, extra.
Un format semi poche, carré, une police large mais juste ce qu'il faut (j'adore avoir la place d'écrire sur mes livres), une colle de bonne qualité (j'ai horreur des pages qui se détachent), un papier qui a de la matière (j'aime pas les papiers trop lisses ni blanc javel) bref, un vrai bonheur.

Et c'est comme ça, par un concours de circonstance complètement fortuit et superficiel, que j'ai pris une monumentale claque en découvrant Ximena Escalante, écrivain mexicain qui dit comme personne le ravage et la violence des désirs troubles qui tordent et oppressent. Avec un humour noir ravageur, une écriture serrée et extrêmement belle, tendue et si moderne. (un tour de force du traducteur Philippe Eustachon)
Un univers si mexicain, si féministe, mais écrit en dehors de tout motif proprement local ou féministe. Quelle surprise de l'entendre hier au salon du livre où elle était interrogée par son éditeur français Manuel Ulloa, citer Pascal, Voltaire et Racine comme ses lectures françaises préférées !! On se posait la question de savoir si une écriture violente et drôle existait en français sur ces mêmes thèmes, et à la réflexion, je dirais que Marion Aubert, surtout ses courts textes du recueil "La famille", est tout à fait de la même famille.
"Moi aussi je veux un prophète"

Le roi Hérode a emprisonné le prophète. La famille royale et son entourage se l'approprient pour combler leurs manques. Le roi Hérode angoissé par son vide intérieur le réduit au silence pour en faire le confident idéal, Salomé adolescente en rivalité avec sa mère en fait son amant, la reine Hérodias, manipulée par l'obsession de son image, se voit dépossédée du rôle central qu'elle voudrait tenir. Le prophète est mutilé et révèle les obsessions de chacun jusqu'à la mort.

Ximena Escalante racontait hier que c'est lors d'une mise en scène de Phèdre, qu'elle suivait, qu'elle a eu envie de réécrire Phèdre. Or le texte ne pouvait pas être modifié, alors ces réécritures ont donné naissance à ce texte d'une troublante vitalité mortifère et étouffante.


Le théâtre mexicain est un théâtre très peu traduit, dont les éditions Le miroir qui fume sont spécialistes. D'ailleurs il n'y a qu'à voir ma sélection spéciale "dramaturges mexicains" sur le site de la librairie pour le constater : une maison d'édition tout à fait indispensable !

lundi 5 janvier 2009

et on remet ça chaque année...

Certains le font la nuit, d'autres ne se facilitent pas le travail (mais stock ou surstock, c'est pas que question mal de tête du bip de la douchette, amour du livre ou qualité d'offre, c'est aussi surtout question de trésorerie... ). Quant à nous, on l'a fait en un temps record !! Même pas eu besoin de faire le gueuleton de midi -sniff-


Vade retro Telxon PTC-910L / bienvenue à la nouvelle génération de Telxon (et surtout au nouveau logiciel qui va avec ;-)





















On met 1/3 de temps en moins, ça change vraiment l'inventaire !!!

-plus d'inconnus 918 au lieu de 978
-plus d'écrasage de touche parceque le Telxon veut pas cracher son bip
-plus de double bip après ledit écrasage
-plus de recherche exténuante de l'angle et de la bonne lumière pour que le bip daigne se produire



Du coup, c'est moins drôle... -bon ça n'en fait pas une partie de plaisir pour tout le monde, quand même- mais on gagne du temps de cerveau disponible pour... le nettoyage biensûr : personne ne saura jamais que les dessus des étagères brillent et sentent bon, et pourtant, ça vous change une librairie...

dimanche 8 juin 2008

l'atelier du dimanche matin





Vite, vite lecture en diagonale du dimanche matin...

dimanche 27 avril 2008

montre-moi ta bibliothèque...









Entassés, démembrés, mes livres : ce qui reste de ma bibliothèque en transit.

dimanche 13 avril 2008

l'atelier du dimanche matin





En général, je rentre chez moi à minuit et demie le samedi soir, après avoir fermé la librairie. Le dimanche matin, je me lève tard et je lis "rien que pour voir" quelques bouquins arrivés cette semaine sur les tables. Au menu de ce marathon de trois heures :

-Pipelines d'Edgar Keret (Actes Sud) : j'aime beaucoup les nouvelles, une bonne façon de gouter au style d'un écrivain dont j'avais bien vendu crise d'athme. Malheureusement, là je n'accroche pas. Et puis arrive "Kouki" p.29 : un rêve effréné qui en dit plus véritablement sur l'assiègement et la peur que le plus réaliste des récits. C'est mon bijou du matin. Le hic, c'est que je ne pourrai pas conseiller le livre pour quelques nouvelles fussent-elles des bijou, ça restera dans mon panthéon personnel...

-Michael Tolliver est vivant d'Amistead Maupin éd de l'Olivier : je suis un bon cobaye pour savoir si c'est lisible quand on n'a pas lu les précédents de Maupin car c'est mon premier... La réponse est oui ! "Sex and the city" à San Francisco chez les homos, ça le fait.

-Veronica de Mary Gaitskill éd L'Olivier : celui-là je l'ai feuilleté la semaine dernière, j'ai souligné mentalement quelques passages superbes : "Je n'arrive pas à dormir. [...] En général, je m'assoupis à l'aube avant d'émerger à sept heures et demie. Je me lève furieuse d'avoir mal dormi et ma fureur d'en prend à n'importe quoi. Mon cerveau hurle des insultes tandis que mon corps se traîne. Des images de rêves surgissent et s'écrasent, énormes, puis disparues, énormes, disparues." p.11 mais l'histoire me tombe des mains cette semaine encore.

-Don Candeloro et sa troupe, Giovanni Verga éd Actes Sud : les aventures rocambolesque de théâtreux du 18eme.L'écriture est juste fleurie et l'hitoire rebondissants comme il faut. Un vrai plaisir de lecture .... inachevé car :

à peine survolés, il faut encore étendre le linge, manger un morceau et aller bosser. Je rentrerai ce soir, comme assiégée par tout ce qu'il me faut lire, avec le besoin absolu de trouver du temps vide. Pour traîner et imaginer. Tranquillement.

dimanche 9 décembre 2007

Mes maisons

Jean-François Fourtou , "mes maisons", expo JGM Galerie (photo via Artnet)

dimanche 22 janvier 2006

Les maisons hantées de Meyer Levin, Tereska TORRES

Tereska Torres est écrivain, Meter Levin, son mari, aussi. Mais c'est juste une histoire de couple que nous raconte Tereska Torres, une histoire de vie de femme. Avec une infinie tendresse elle nous raconte la course folle pour ne pas se laisser repousser par son mari. Le récit nous plonge vraiment au coeur de son quotidien, avec tous les compromis qu'on peut faire pour sauver sa relation quand l'autre s'éloigne. Ce n'est pas une femme, mais une idée qui lui ravit son mari. Une idée qu'elle voit petit à petit s'emparer d'un homme et le changer. C'est le cauchemard répété car cette idée ne laissera plus jamais Levin en paix, et dictera fourbement toutes ses attitudes. Tereska Torres a bien envie plusieurs fois de partir, souvent elle ne sait plus comment réagir, elle n'en peut plus, mais. Mais elle se bat au quotidien pour faire émerger les parties restantes de son mari et sans faire la bonne soeur, essayer de garder contact avec l'homme qu'elle aime et qui est désormais, elle s'en rend compte petit à petit, pris entre des tentacules qui ne lâcheront pas prise.

Je laisse de côté la question de savoir dans quelle mesure Tereska Torres réécrit sa vie, car je trouve ça complètement étranger au propos de ce livre.

Les maisons hantées de Meyer Levin, Tereska TORRES, éditions Phébus (grand format), collection le vif du sujet, ISBN 275290066X

dimanche 16 octobre 2005

Christine Lavransdratter, Sigrid UNDSET

On trouve souvent "Printemps" en librairie, et je vous le déconseille absolument, tellement chacun des trois tomes de "Christine Lavransdratter" est infiniment plus beau. Elle est publiée aux excellentes éditions Stock en grand format mais elle est assez oubliée : dans les écrivains nordiques, si vous demandez une femme, vous trouverez Selma Lagerlöf ou Karen Blixen, mais on a oublié la norvégienne Sigrid Undset (1882-1949, prix Nobel 1928).

La premère fois que j'en ai entendu parler, c'était par Marina Tsvetaieva, qui suppliait dans ses lettres son amie Anna Teskova de lui envoyer de Prague une bonne édition de "Jenny" de Sigrid Undsvet. Et quand elle la reçoit : bonheur.

"Christine Lavransdratter", une vie de femme en trois tomes, une vie passionante et bouleversante. On plonge dans la Norvège du moyen-âge mais les passions humaines restent inchangées. Surtout, ce qui est vraiment très bien rendu, c'est la difficulté à trouver sa place par rapport au temps et à ceux qui nous entourent : on n'a pas le temps de prendre du recul, on est au coeur de la vie, la proie de rêves et de regrets en même temps.

Christine Lavransdratter, Sigrid UNDSET, éditions Stock (grand format)
(Tableau : Anders Svarstad, Sigrid Undsted, 1910.)

lundi 5 septembre 2005

Sur mon père, Tatiana TOLSTOÏ

Un texte très émouvant et sensible, tout en retenue qui évoque la difficile relation d'un père et d'une mère, vue par leur fille. Biensûr, le père est le fameux écrivain Tolstoï, mais le récit ne s'attache pas trop à la biographie du grand homme ou aux controverses publiées à son propos. C'est surtout le regard de Tatiana qui est touchant, plein d'amour et de respect pour ses deux parents. On sent sa retenue, on sent la difficulté de la situation, mais celà reste toujours extrêmement fin. Un très beau récit plein de profondeur et qui n'a pas vieilli.


Sur mon père, Tatiana Tolstoï, éditions Allia (format poche)

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