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jeudi 22 juillet 2010

je préfère partir en vacances avec de vieux lourds touffus

Premier été depuis longtemps sans SP, sans obligation de préparer la rentrée littéraire pour les clients car je ne serai pas à leur contact à la rentrée.

La rentrée littéraire c'est un rendez vous incontournable et assez drôle, bien la préparer permet vraiment de s'exprimer en tant que libraire, de construire un univers qui a du sens dans le bruit ambiant. Mais voilà, moi l'été j'aime lire pour moi seulement.

Même si c'est sympa d'être dans le secret des Dieux et d'échanger entre libraires (et toi, t'as lu quoi de bien? tu penses quoi du dernier machin?), je dois dire que la seule préparation de rentrée qui m'ait vraiment plu c'était celle faite avec le Cybook prêté par ePagine. (description de l'opé ici). Un excellent outil professionnel, j'ai vraiment aimé confiner dans un espace de travail transportable un grand nombre de livres et lire en parallèle plusieurs titres, grapiller, gouter un peu tout et mieux choisir ceux que je lis en entier. Manque à cet outil l'aspect communautaire de notre préparation de rentrée : on se partage le boulot entre libraires de façon non organisée et informelle, car on peut pas tout lire. Chacun défriche des pans de rentrée et par ses échanges avec les autres, se contruit une cartographie personnelle de la rentrée en rapprochant les relevés de chacun, qu'il exprimera en librairie. C'est vraiment un moment particulier de convivialité professionnelle pour nous, libraires et éditeurs.

Toute l'année j'accumule les frustrations à force de lire en priorité pour la librairie ou le boulot. Tout m'intéresse, mais j'en perd de vue ce que je veux vraiment lire au moment où j'en ai envie. J'ai une pile de livres amassés dans l'année, en majorité :
-classiques
-mythiques (dans ma mythologie personnelle bien sûr ;-)
-avec beaucoup de pages

J'en profite pour faire des arrêt sur image en lisant quelques biographies et des bouquins de critique et d'histoire littéraire en parallèle. Et comme mes livres étaient dans une cave depuis mars dernier pour cause de déménagement compliqué, je vais avoir le plaisir de les ranger un à un cet été, voilà quelques titres de littérature qui m'appellent du fond des cartons :

Les Chroniques de Froissart
La Divine Comédie de Dante
Jack O'Bray la Chance T5
Diadorim
L'anneau et le livre
Les leçons de Nabokov (mais dans les éd Stock)
Titus errant et Gormenghast
Central Europe de Vollmann

On voit bien qu'il n'y a pas la place pour la rentrée littéraire, franchement. Et vous, votre pile en souffrance de lecture perso pour cet été ???

(illustration : thomas allen)

mercredi 21 avril 2010

"E-book, E-monde, E-gnoble", plaidoyer pour la locture ( lecture LOC "lente, oisive et concentrée")

Il n'y a pas à dire, le collectif "Livres de Papier" a le sens de la formule et un réel savoir faire en terme de maquette : le "journal des réfractaires à l'ordre numérique", offert lors du salon du livre, est vraiment bien fichu et intéressant avec ça. Quel dommage qu'il soit anonyme... ou presque : le collectif Offensive est hébergé CICP à côté de l'excellente librairie Quilombo et le chèque de don ou de commande d'exemplaires du journal est à libeller à Palimpseste, Palimpseste comme l'excellente librairie du Vème qui a vécu une réelle déclaration d'amour sonnante et trébuchante avec ses clients l'année dernière ??

Lorenzo Soccavo sur son blog s'était fait écho aux soucis de ce collectif dans une tentative de dialogue. Personnellement, je partage pratiquement tous les soucis du collectif "Livres de Papier" et ils résonnent profondément en moi comme en tout libraire je pense, notament parceque le journal est vraiment bien écrit - mais pas les conclusions qu'il en tire.



Je suis moins inventive que ce collectif et je suis plutôt du genre "dites-le avec des livres" alors voilà exactement ce que je pense de la librairie dans la révolution sociétale induite par le numérique :


" Les idées noires" de Franquin, 1ère page


Toute la question est de se rappeler à tout moment pourquoi on fait tout ça : chez Franquin pour s'asseoir, chez nous pour développer un espace artistique d'émancipation profonde de l'esprit, pérenne, divers et accessible à tous. Qui est-on face au zapping et à nos nouvelles utilisations de lieux "Où lire où écrire"


Pour la route, un petit aperçu de l'inventivité du collectif, photos prises au Salon du livre 2010 à la sortie du métro :






























vendredi 5 février 2010

Attaque-parade-riposte

Attaque, parade, riposte , c'est l'enchainement typique de base à l'escrime.

En cas d'attaque à la librairie, vous faites quoi? On a tous nos petites façons de contrer l'agressivité quotidienne.

Ma parade : "Pardon, vous pouvez répéter s'il vous plait ?" Variante : répéter la phrase à haute et intelligible voix vous-même "vous dites que...".
-> effet : "be kind, rewind" : là en général, la grossièreté ou le flou de la question apparait évident et le client s'excuse et reprend depuis le début correctement. Particulièrement efficace pour les marmonnements qui se veulent adressés de travers en passant l'air de pas vous avoir parlé ou les remarques désobligeantes à la cantonnade.
La riposte : "Qu'est ce que vous attendez de moi?" (c'est encore mieux quand on peut laisser la personne soliloquer longtemps et qu'on lui lance cette question après 2mn de silence pendant qu'elle se sent bête après sa colère et qu'elle reprend son souffle - ou encore dès la première phrase au lieu de demander ce qui ne va pas, passer tout de suite à la riposte, super pour couper les effets de manche et permettre de continuer ses retours tranquilles par ex ;-)
-> effet : "what else?" alias "n'ayons peur de rien, soyons désinvolte" - et comme souvent les gens qui vous attaquent n'attendent rien que de pouvoir râler et passer leur colère en public, ma foi, c'est assez magique : ils bafouillent et se taisent en général et ça commence souvent par "je sais pas, moi.... oui enfin bon" ou "un échange/remboursement/avoir" auquel cas la réponse coupe pattes est "oui, il vous fallait autre chose?" "non" emballé c'est pesé.

Ca marche avec pratiquement tout, de l'appel incivil genre "hé vous, là-bas" à la question irrespectueuse "non mais c'est quoi ça?" ou "et le livre, il est où?"


Mais bon, parfois, si on se donne la peine de répondre habilement, on peut créer de véritables perles avec le concours des clients, qu'ils en soient remerciés, celà égaye mes w-e et illumine mes semaines encore pour longtemps , ex :

-cliente : - "ils l'ont, ce livre, à la FNAC?"
-libraire : - "je ne sais pas madame, je ne travaille pas avec la FNAC"
- cliente : - "mais enfin, ils l'ont, oui ou non?"
- libraire : - "je ne sais pas, madame, je ne peux pas vous répondre"
- cliente : - "mais enfin, faites un effort"

ENJOY ;-)

lundi 30 novembre 2009

l'expérience librairie

En général, on achète par correspondance des femmes, de préférence gonflables.

Il y a une dizaine d'années, le catalogue des élèves des Beaux-Arts de Bordeaux proposait d'acheter un homme par correspondance.

Le kit se composait de multiples flacons dont le plus grand contenait de l'eau (d'ailleurs si vous voulez voir de quoi vous êtes fait, ce n'est pas un secret des Dieux et c'est la chose la mieux partagée)


Les sites de librairie -dont celui dont je m'occupe- me font penser à ça : il y a la liste des éléments, mais ça ne suffit pas à faire librairie.

Depuis longtemps, on propose d'acheter des livres par correspondance.
Sur catalogue
Pour les bibliophiles
Les avertis, qui ont un besoin, ceux qui cherchent des titres ou des domaines bien précis

Ils aiment les listes , et ces listes, objets écrits, peuvent facilement être transposées sur internet.

Depuis quelques années, on propose de choisir des livres à distance en librairies.
Pour le tout-venant "curieux ou simples lecteurs" comme dirait feu un libraire bordelais que j'ai déjà cité.

Pour des gens qui aiment le moment de la rencontre fortuite avec un objet de désir. Pour les gens qui achètent parcequ'ils ont fait une expérience qui leur plait.

Comment reproduire "l'expérience librairie" ????
Comment retrouver le même plaisir sur internet?

Prenons par exemple l'expérience "table de libraire"

qui n'est ni une bibliothèque
ni une vitrine

Mon grand plaisir quand j'arrive le vendredi est souvent de refaire une table pour lui donner une cohérence, une logique, du sens (en l'occurrence le mien;-), c'est comme placer les convives... à table.

Et c'est les vider de leur substance et de son rapport à leur matérialité de penser qu'ils ne sont qu'une suite de couv, il y a du volume, de l'odeur, de la matière, et l'effet des corps de passage dans ce lieu, la musique, que diable, un peu de chair !
Ceci n'est pas une table de libraire.

Laissez moi quelques jours enfermée avec Graphéine, ceux qui ont fait le site de Zulma , allégez leur navigation et alourdissez très considérablement leur stock, rajoutez du son : on aura une table de libraire insérée dans un espace.
Ce serait un vraiment joli cadeau de Noël qu'on me ferait là. Imaginer un site de libraire aussi beau qu'un site éditeur.
Ce serait pertinent car nous ne sommes pas dans la logique industrielle, auquel cas listes, et couleurs criardes sur les dernières nouveautés seraient largement suffisants.

Comment reproduire nos lieux pleins de personnalité, cette enseigne, la couleur du mur, la nature de l'éclairage?

Peut-être faut-il d'abord retrouver notre rapport charnel et ludique à l'objet dans nos quotidiens physique et sur internet pour comprendre, mieux imaginer et se projeter...


"S'il est très clair que j'ai besoin d'un briquet (ou d'allumettes, ou d'une gazinière, ou de plaques chauffantes, ou d'une lampe à souder, ou de quelqu'un qui possède un de ces objets par exemple) pour allumer mes cigarettes, comment est-ce que l'on s'entoure d'objets qui n'ont, à l'inverse, aucune fonction ? Comment ces objets inutiles se camouflent, s'exposent, ou émergent dans un environnement ? De quelles façons nos rapports aux objets deviennent les signes de rapports au monde, ou des systèmes d'organisation particuliers, précis au point qu'on peut les imiter, maladroitement, dans le déroulé d'une conférence... une sorte de brocante de la pensée." (deuxième agence)

jeudi 26 novembre 2009

C'était mieux avant CQFD


"L'ECONOMIE DU METIER

Existe-t-il encore des libraires en France ? Un de nos doyens, grand libraire lui-même, nous disait, il y a quelques années "Vous n'en compterez pas dix". Loins de notre pensée d'être aussi sévère. Cependant, nous devons avouer que le nombre se réduit de plus en plus de ceux qui pratiquent avec compétence et dévouement ce métier difficile et compliqué. De quelques centaines ne sera-t-il pas bientôt réduit à quelques dizaines ? Peut-être. Si l'on n'arrive pas à endiguer l'invasion des incompétents qui risque de submerger la Librairie Française.

Conseiller, c'est le rôle délicat, le rôle ingrat du libraire. Mais pour cela il doit connaître les livres qu'il propose. (...) Pourquoi tant de pseudo-libraires ne savent-ils ni conseiller, ni renseigner leur clientèle ? Parceque, depuis trente ans, trop d'acquéreurs de fonds de librairie, ou surtout des créateurs de boutique, sont entrés dans notre profession sans éducation technique préalable ; parceque beaucoup ont trop négligé leur culture personnelle.

Mettre des livres sur des étagères, inscrire Librairie sur une façade de magasin, ne peut suffire à ceux qui font ces gestes pour mériter "le titre", que seul un long apprentissage peut conférer.

(...)

Depuis ces dernières années les diverses industries du Livre ont ressenti une crise qui a inquiété les écrivains aussi bien que les éditeurs et les libraires. Des enquêtes ont été ouvertes, qui ont fait couler beaucoup d'encre.

Pour ma part, je n'hésite pas à dire que cette crise est profonde. Vingt fois, j'en ai analysé les causes et, mes confrères les connaissent comme moi-même.

Car cette crise est d'abord une crise de qualité, et c'est là son importance.

- Qualité des textes édités ;

- Qualité des éditeurs qui les choisissent et les lancent en volumes ;

- Qualité des libraires et revendeurs qui les distribuent au public.

(...)

... l'envahissement de nouveaus venus, que rien ne prédisposait à la pratique d'une profession difficile et délicate, comme l'est la librairie de détail, se précisa puis se précipita (...)

Quels services peuvent rendre aux livres et au public ces installations nouvelles, qui présentent, au milieu de marchandises hétéroclites, les ouvrages de vente facile et la dernière nouveauté à succès? Aucun.

Un véritable libraire, nous l'avons déjà écrit plus haut, outre ses compétences, possède en stock un fonds d'ouvrages nécessaires à la culture. Ce fonds, il l'entretient, le renouvelle, et il forme un personnel capable de le vendre. Or, ce fonds et ce personnel sont coûteux à entretenir, aussi est-il juste qu'en compensation de cet effort en faveur du livre, le libraire véritable puisse profiter de la vente facile de la nouveauté.

Eh bien non ! Cette vente lui est soufflée, subtilisée par des commerçants habiles sans doute, mais qui ne la méritent pas, puisqu'ils prétendent se soustraire pour une grande part aux obligations de notre métier. Cependant, les frais généraux, augmentent alors que diminue la remise accordée par les éditeurs, et voilà où se précise la menace de disparition de la librairie de métier.

(...)

Malgré les soucis, le libraire véritable tient à son métier comme un père à son enfant. Si celui-ci semble débile, son amour croît au lieu de diminuer."

Hélas, trois fois hélas, le sens du mot "débile a bien changé depuis mais, la phrase avec son sens actuel resterait-elle vraie?????? ;-)


Une prochaine fois, on nous racontera comment "Le libraire devient souvent malicieux à force d'entendre débiter des sottises avec conviction et force."

En attendant, des suggestions concernant l'auteur et la date???

lundi 5 octobre 2009

La fatigue du libraire ne passera pas par moi !

J'ai une nouvelle consoeur d'une semaine de l'autre côté de la place F Roosevelt.


Morceaux choisis :

"Le libraire est comme un généraliste : cinq minutes pour faire une ordonnance à des gens qui déboursent 200 euros."... la chance! personnellement, j'enlèverais un zéro au montant ;-)



"Trente secondes pour convaincre. Jouer la petite marchande de prose à l'ère d'internet, c'est plaider du matin au soir. Avocat : voilà ce qu'est un vrai libraire en 2009. Pour chaque livre, trouver les arguments qui vont donner envie. Même les faibles ont droit d'être défendus."

......heu... faibles mais beaux, mais parceque sinon, je n'ai plus la patience, je n'ai pas la générosité.
C'est vrai que ça a un côté artisan d'art, la façon dont on aborde chaque livre, chaque personne dans un moment particulier. Souvent, je me dis que ce que je vend, c'est un moment de relation dont le bouquin sera le souvenir. (sinon, pourquoi venir jusqu'à la librairie et pas "simplement" commander sur internet??)



Par contre, ce métier m'amuse toujours autant, avec ses rencontres improbables et ses questions farfelues. Et sa grande liberté de parole et d'expression : je me suis toujours promis que quand j'attraperai une mine d'outre-tombe j'arrêterais -déjà qu'on est très peu payé de façon générale, si en plus on s'amuse pas, où est l'intérêt, hein?


En général je suis seule à la librairie car je bosse soir et w-e, je m'en donne à coeur joie : je choisis ma musique, des trucs un peu bizarres qui font chanter les gens ou s'arrêter horrifiés c'est selon. (bientôt la playlist de la libraire, promis!)


Mon grand truc c'est de refaire les sélections du site de la lib en fonction du travail de mes collègues -dont je vois les indices sur les tables-, et de m'organiser des thématiques : je change les livres des tables en fonction - quitte à tout remettre en place pour la semaine quand c'est par trop farfelu -
Donc ce w-e c'était mon anniversaire, et j'ai eu droit à une série de sourires absolument épatants... et de recherches biblio de toute beauté. -> Ici l'excellente et sémillante Patricia Petibon, Proust à la main (avec son autorisation, merci!) et une recherche très intéressante aux lèvres mais -chuuuut- là c'est secret professionnel !


Mon prochain défi, c'est d'arriver à donner à un client envie de partir avec Richard. Si j'y arrive, promis, je vous donne le mot et la chorégraphie qui a marché ;-)





mercredi 9 septembre 2009

Un seul terme vous manque et votre site de librairie est dépeuplé

Dans quelques jours, c'est la rentrée pour le site de la librairie après son hibernation estivale. Plein d'idées, d'envies, mais je cherche le ton, la couleur la forme de ce que je vais choisir d'y mettre, dans les limites de temps et de moyens qui sont les notres. Avec la même question de base : comment s(e ré-)'incarner sur le web? A force d'y réfléchir, un mot revient sans cesse qui m'horripile : le mot "contenu" qui revient sans cesse qui me rappelle les dissert genre "sans séparer la forme du fond, vous montrerez comment ... blablabla"
C'est vrai, "contenu" c'est froid, c'est plat, c'est vague. Et comme j'adore manger et que j'adore les termes de cuisine que je trouve complètement exotiques, je me dis que "appareil" me plait bien : sous ses dehors très rebattus et quotidiens, c'est limite alchimique avec un petit coté désuet. Et mine de rien, maintenant que j'ai trouvé ce mot, j'ai l'impression que je réfléchis mieux.




-Nommer pour penser, penser en parlant. Ca me fait penser à un petit Kleist sur le rôle de la parole et de la discussion dans la structuration des idées, un livre vraiment chouette






APPAREIL :
(ORNEMENT )
A.− Ensemble des apprêts (en particulier la tenue, la toilette, etc.) qui contribuent à donner à une personne une apparence extérieure généralement très favorable
B.− Déploiement des apprêts, des moyens destinés à donner éclat et magnificence à un événement.

(MECANISME, CONTENU )
II.− Ensemble d'éléments constituant un tout et concourant à un même but.
A.− Ensemble d'organes ou de substances réalisant une même fonction.
B.− Ensemble de matières ou de matériaux réunis dans un but précis ou formant un tout organique.
->ART CULIN. Préparation pour la confection des mets.
->GÉOL. Appareil littoral. Accumulation sur le rivage des sables, des vases et des galets que le flot apporte. Appareil volcanique. Cheminée d'un volcan.
C.− Ensemble d'instruments, d'outils, de dispositifs employés pour mener à bien une tâche; machine complexe.

(extraits de mon Trésor)

Et parceque vous avez tout lu, un cadeau bonus : The Ghost and Ms Muir :
"-Vous n'avez pas fini la phrase
-Je sais, c'est... c'est ce mot. Je n'ai jamais écrit un tel mot.
-C'est un mot parfaitement juste
-Je trouve que c'est un mot affreux
-Il dit bien ce qu'il veut dire, n'est-ce pas?
-Bien trop clairement
-Mais quel mot employez-vous si vous voulez exprimer cette idée?
-Je n'en emploie pas !
-Mais nom d'un chien Lucia si vous vous mettez à être prude ce livre ne sera jamais fini, maintenant écrivez comme je vous l'ai dicté
!"

jeudi 13 août 2009

"Les écrivains boivent et les lecteurs trinquent" ;-)

Ne pas se prendre au sérieux. Le credo de Gérard Collard et Jean Casel dans l'Interview en video sur le site de leur librairie.

J'y trouve une très bonne description de la fêlure entre le monde de l'édition et celui dans lequel je vis en tant que libraire. J'ai toujours été davantage intéressée par comment lisent mes clients que par comment créent les éditeurs et les auteurs. Ca m'intéresse aussi, mais ça ne me passionne pas.

"Ne pas se prendre pour des gens différents des clients qui viennent nous voir.
C'est pour ça qu'on fréquente pas les cocktails, c'est pour ça qu'on va jamais dans les réunions de libraires (...) parcequ'on a la trouille, on n'est pas sûrs de nous même donc a a vite fait de prendre la grosse tête de parler comme les gens du milieu et si on parle comme les éditeurs, si on parle comme les écrivains on parle pas comme les gens qui viennent nous voir. (...) "

"Il parle avec son coeur, avec passion... il parle mal. On a que 150 mots de vocabulaire mais c'est les 150 mêmes que les gens utilisent."

Librairie, lieu de marge, de passage entre deux mondes : celui du quotidien et celui de la création. Donner l'impression que la librairie est un lieu qu'on fréquente au quotidien dans lequel s'immisce la création et non pas un lieu de création dans lequel s'immisce le passant.

Bon, mais il faut pas croire, "on a galéré énormément pendant 10 à 15 ans ... on a compensé le manque d'argent par le travail." Je me dis que s'il y a telllement de librairies qui continuent d'ouvrir malgré les marges faibles, ce n'est pas seulement parceque, après avoir amassé un pécule dans une première carrière, des gens se font plaisir en ouvrant leur librairie pour vivre leur passion quellequesoit la rentabilité. Mais aussi parceque quitte à être mal payé, autant s'accorder un SMIC soi-même que de le toucher d'un patron pour faire un métier qu'on adore ;-)

lundi 3 août 2009

être libraire contemporain de ses clients

Nicolas Jalageas des Cahiers de Colette parle à propos des réseaux sociaux.


"dans la librairie indépendante [...] on est de toute façon en prise avec nos clients tout le temps,[...] l'intéret c'est de pouvoir passer du temps avec eux..."

Et toujours la même question : comment exprimer notre métier qu'on exerce sur le mode du spectacle vivant et s'appuyant sur l'expérience et l'échange humain en direct, sur le net??????? (et sans supplément de temps ni de budget celà va sans dire, d'ailleurs n'en parlons pas ;-)

"on a l'impression qu'il n'y a pas grand chose qui se dit alors qu'en réalité c'est ce pas grand chose qui est dans la conversation quotidienne avec les clients ou le simple fait de se dire bonjour ça va, enfin d'amorcer un peu les choses, c'est un peu ce prolongement de convivialité qui crée cette communauté. Le truc qui nous rassemble quand même, c'est le livre, c'est la littérature."

Les codes de l'échange dans le magasin et sur le net ne sont pas les mêmes... et sur le net ils sont rapidement évolutifs : on ne jurait que par les forums, et maintenant que par facebook. Mais ils débordent tous deux du professionnel (qui n'est pas payé et peu valorisé par les librairies en général puisque c'est un honneur de servir le Livre et être payé pour ça, d'ailleurs n'en parlons pas ;-)

Le libraire évoque "qu'est-ce que le contemporain?" d'Agamben, ça me fait penser qu'avant, Meschonnic se demandait ce qu'était la modernité ("Modernité, modernité" épuisé le pauvre ) et montrait que ce qui produit la modernité c'est la capacité de recréer une filiation qui révèle du sens par le parcours inédit qu'on construit parmi les oeuvres. Contemporain, modernité. Etre là où les gens vivent la création du sens.

mercredi 24 juin 2009

carnet de voyage en librairie

"un été en librairie" à lire en pdf sur le site de l'assos chapitre 1.... en fait un teasing pour la parution papier qui sera surement très jolie, parceque lire sur pdf, hein, bof bof.

mercredi 3 juin 2009


Sylvain Insergueix, libraire - 95
envoyé par LEMOTIF. - Films courts et animations.

De l'importance de la commande publique dans l'économie de la librairie, pour lui permettre d'avoir les moyens d'être un lieu qui attire un client par un best seller mais pas seulement, un lieu qui permet au client de rencontrer ce à quoi il ne s'attendait pas. Pour être libraire, il faut prendre un peu de recul sur la lecture, son choix de libraire : on n'a pas le temps de beaucoup lire quand on est libraire et on ne vend pas que ce qu'on aime.

".... moi je vend des livres que je n'aime pas mais ce qui m'intéresse, c'est pas le livre, c'est le lecteur"

mardi 2 juin 2009

Il est 5 heures...

Vendredi prochain 5 juin
à 5 heures du matin !!!

balade sociologique
avec Monique et Michel Pinçon-Charlot
autour de la Gare d'Austerlitz

sur le thème
"Il est cinq heures, Paris s'éveille"
Il me semble prudent de réserver sa place. Les intervenants sont passionnants et le thème original. Nous devrions être nombreux, et j'en serais, à vouloir participer à cete balade. Si vous ne pouvez vous joindre à nous, n'hésitez pas à faire circuler l'information autour de vous. Nous partagerons ensuite un petit déjeuner à la librairie.

Il y aura bien sûr d'autres rendez vous au cours du week-end, je vous en ferais parvenir le programme dans les prochaines heures.

Je vous remercie une nouvelle fois de votre confiance et du soutien que vous me témoignez. J'espère vous revoir bientôt.

Thierry Saillot
Libraire Obstiné



> Librairie Palimpseste
> 16, Rue de Santeuil
> 75005 PARIS
> Tèl : 00.33.(0).1.45.35.04.54
> Fax : 00.33.(0).1.47.07.41.11
> Email: Librairie.palimpseste (at)wanadoo.fr

vendredi 17 avril 2009

"Il ne reste rien du Tanger légendaire, celui des écrivains et des artistes de l’après-guerre [...] La Librairie des Colonnes aujourd’hui est vide, elle ne voit plus passer Jean Genet ..." écrit Serge Roué dans ses carnets de ville. Attention à la carte postale du touriste en mal d'exotisme, lui répond le libraire en question qui clame ses actions et rappelle le système de commercialisation et le marché du livre au Maroc "Il est effectivement difficile d’avoir accès à ces informations, si je ne suis pas à la librairie… Mais il y a des moyens, toujours, de savoir ce qui se passe ici."

jeudi 16 avril 2009

fêter le 32 mars, une idée de libraire farfelu

A la 38 ème minute de la Panique au Mangin Palace du dimanche 12 avril dernier intitulée " Tu es Gogol gotha, débiles de Pâques et grosses cloches ! " , un improbable libraire Didier Lejeune de la librairie "Les lisières" à Roubaix parle de l'incroyable parade mondiale des nains de jardin qu'il a créée et qui "symbolise la lutte entre les commerçants de proximité et les géants de la grande distribution qui se sont installés dans la région mais ce mouvement du 32 mars s'inscrit avant tout dans une démarche totalement absurde". Clin d'oeil foutraque au travail de Melico sur la ville...

jeudi 2 avril 2009

Etre femme en librairie

Adorable Josette Desmars, qui n'a jamais aimé faire les vitrines car elle n'est pas manuelle, qui adore aider ses clients à trouver leurs cadeaux pour chaque membre de la famille à Noël, et qui n'est jamais aussi heureuse que quand elle peut discuter avec les clients (et les conseils de lecture vont dans les deux sens! ) ou quand les enfants s'installent pour bouquiner ! Elle aurait bien continué encore un peu malgré ses 40 ans de métiers presque sans vacances...

Le chariot d'or, lieu de vie familial. (entretien avec Pierre Cohen Hadria pour Melico)

lundi 30 mars 2009

le catalogage improvisé

La patate chaude d'avant hier - et la mienne du jour car cette semaine on a commencé à construire une nouvelle version du site de la lib et je m'arrache les cheveux sur l'enrichissement de nos fiches livre- s'appelle le catalogue enrichi libre d'accès pour le livre. Une fonction technique que fournit Amazon sans échange monétaire. C'est clair, les libraires n'ont pas créé pas ce service pour les bibliothécaires, ni pour leurs clients en ligne. Pour plein de raisons. Mais la principale je pense est qu'ils considèrent que le catalogage et la création/gestion/stockage de contenu bibliographique numérique n'est pas leur métier. Celà leur fait un point commun avec les bibliothécaires qui considèrent que ça n'est pas non plus le métier du bibliothécaire ;-)


"c'est bien vous [les libraires] les intermédiaires directs, et légitimes, entre nous et les éditeurs ?" se demande desperate librarian housewife, en commentaire à l'article sur Livres échanges...

"L'usager lambda d'un bibliothèque se contrefiche (mais alors, totalement) de savoir d'où viennent les vignettes. Il veut un catalogue attrayant, facile à utiliser, auquel il peut éventuellement participer, et qui lui fasse des suggestions de lecture. Que ceci soit construit de telle ou telle manière le laisse totalement indifférent, je vous assure." dbo en commentaire à l'article sur Livres échanges...

Oui, j'en rêve aussi, mais j'avoue : je ne suis pas une pisse-copie... j'ai l'impression que ma vie dans les mots avec les gens s'exprime par le spectacle vivant, la façon dont je parle aux lecteurs, la façon dont j'occupe l'espace en librairie à un instant donné, dont j'agence et je choisis les livres chaque jour, comment j'invente la parole pour lier la personne à ce texte qu'elle ne connait pas. Mais alors ne me demandez pas d'écrire !! C'est comme si je faisais une improvisation en musique et que vous me coupiez pour me demander la partoche...

Comment reproduire la parole vivante et adressée à quelqu'un dans un instant particulier????

mardi 6 janvier 2009

questions à cent balle

Elle s'en est bien sortie au pied levé, Aude... elle a même dit des trucs vachement chouettes!

"L'assortiment ? Qu'est-ce que c'est ?

L'assortiment dépend de la surface de la librairie. C'est un équilibre à trouver entre l'appétit des gens qui fréquentent la librairie et leur attente de trouver tel ou tel ouvrage de façon certaine et ce que le libraire estime devoir avoir de façon indispensable pour se sentir vraiment libraire... C'est finalement le nombre d'or en librairie !

Se sentir libraire ?

Laisser une marque, une empreinte, ses choix, sa subjectivité. Trouver un juste équilibre entre sa subjectivité de libraire et la subjectivité des lecteurs. Avec au-dessus, un nuage qui sera celui de la communication, de ce que les gens autour du livre entendent à la radio, voient à la télé... et aussi leur propre bagage scolaire, leurs études...

Et le point de vue économique de l'assortiment ?

C'est une équation entre une surface, une trésorerie dévolue au stock, une trésorerie permettant d'équilibrer la proportion entre les nouveautés et le fonds, entre le fonds en poche ou le fonds en grand format... Entre les ouvrages de sciences humaines qui ont un taux de rotation beaucoup plus long et la littérature ou le pratique ..."

L'interview complète chez Melico...

mercredi 13 août 2008

le libraire et son meilleur client : le baromètre de l'amitié


( l'université d'été d'Angoulême vue par Mathieu Sapin, source de l'image (clic))


"Mon meilleur client est là.(...) Il n’est pas « le meilleur » humainement, mais quantitativement, comme vous l’aurez deviné. Bon ceci étant, il a certaines qualités humaines autres que celle très louable de représenter 1% de mon chiffre d’affaires annuel, mais à ce moment là c’est pas celles qui me viennent immédiatement à l’esprit."(extrait du sarcastique et irrésistible blog "les libraires se cachent pour mourir")

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