Machines à écrire : Littérature et technologies du XIXe au XXIe siècle
ELLUG, collection « Savoirs littéraires et imaginaires scientifiques »
328 p., 31 €, ISBN 978-2-84310-151-9
thèmes représentations, web
En ce moment, la grande question qui m'occupe, est de savoir quel geste fera un internaute sur mon site. Comment lui mettre là où il l'attend ce qui l'intéresse -et non pas comment mettre l'internaute là où je l'attend pour qu'il fasse ce qui m'intéresse, autant dire que j'ai pas fait des études marketing et ça se voit ;-)
Ma question est le rapport à l'espace, à l'objet, au temps, au mouvement vers, au geste vers, qui est la concrétisation du désir, de la curiosité. "à ce moment-là je n'ai pas envie d'ouvrir mon i-phone..." dit Pranav Mistry.
Et j'aimerais que ma compréhension intime de ce qui se passe et se joue dans le magasin me permette d'inventer de nouveaux schémas sur internet et inversement, avec les objets et les gens : libraires, clients, actuels, anciens clients, présents ou absents. Laisser une grande ardoise avec des craies sur un mur pour permettre aux gens de se laisser des mots à la librairie par exemple.... mettre une PLV vide en proposant aux clients de la remplir avec les livres qu'ils aiment... proposer un espace petit papier et stylos pour que les clients puissent écrire eux-même leurs petits mots de conseil de lecture..
Même quand ne manque ni l'idée ni l'envie, le temps et la reconnaissance financière freinent dans nos métiers, même les meilleures volontés.
thèmes représentations, web
Faut pas croire, c'est pas parceque je ne participe pas de cette culture jeune personnellement, que je ne la prends pas en compte dans mon travail ("j'y pense et puis j'oublie, c'est la vie c'est la vie..."), d'ailleurs les réclames dans le metro tous les jours m'assurent une véritable formation continue en matière d'imaginaire de djeuns, et m'assurent par là même que non, décidément je ne suis plus djeuns du tout, et même je m'en réjouis !
Dans quelques jours, c'est la rentrée pour le site de la librairie après son hibernation estivale. Plein d'idées, d'envies, mais je cherche le ton, la couleur la forme de ce que je vais choisir d'y mettre, dans les limites de temps et de moyens qui sont les notres. Avec la même question de base : comment s(e ré-)'incarner sur le web? A force d'y réfléchir, un mot revient sans cesse qui m'horripile : le mot "contenu" qui revient sans cesse qui me rappelle les dissert genre "sans séparer la forme du fond, vous montrerez comment ... blablabla"
C'est vrai, "contenu" c'est froid, c'est plat, c'est vague. Et comme j'adore manger et que j'adore les termes de cuisine que je trouve complètement exotiques, je me dis que "appareil" me plait bien : sous ses dehors très rebattus et quotidiens, c'est limite alchimique avec un petit coté désuet. Et mine de rien, maintenant que j'ai trouvé ce mot, j'ai l'impression que je réfléchis mieux.
-Nommer pour penser, penser en parlant. Ca me fait penser à un petit Kleist sur le rôle de la parole et de la discussion dans la structuration des idées, un livre vraiment chouette
APPAREIL :
(ORNEMENT )
A.− Ensemble des apprêts (en particulier la tenue, la toilette, etc.) qui contribuent à donner à une personne une apparence extérieure généralement très favorable
B.− Déploiement des apprêts, des moyens destinés à donner éclat et magnificence à un événement.
(MECANISME, CONTENU )
II.− Ensemble d'éléments constituant un tout et concourant à un même but.
A.− Ensemble d'organes ou de substances réalisant une même fonction.
B.− Ensemble de matières ou de matériaux réunis dans un but précis ou formant un tout organique.
->ART CULIN. Préparation pour la confection des mets.
->GÉOL. Appareil littoral. Accumulation sur le rivage des sables, des vases et des galets que le flot apporte. Appareil volcanique. Cheminée d'un volcan.
C.− Ensemble d'instruments, d'outils, de dispositifs employés pour mener à bien une tâche; machine complexe.
(extraits de mon Trésor)
Et parceque vous avez tout lu, un cadeau bonus : The Ghost and Ms Muir :
"-Vous n'avez pas fini la phrase
-Je sais, c'est... c'est ce mot. Je n'ai jamais écrit un tel mot.
-C'est un mot parfaitement juste
-Je trouve que c'est un mot affreux
-Il dit bien ce qu'il veut dire, n'est-ce pas?
-Bien trop clairement
-Mais quel mot employez-vous si vous voulez exprimer cette idée?
-Je n'en emploie pas !
-Mais nom d'un chien Lucia si vous vous mettez à être prude ce livre ne sera jamais fini, maintenant écrivez comme je vous l'ai dicté !"
thèmes à la radio, représentations, web
"... le temps passé dans ce livre, dans ce monde de langage, est absolument payé en retour. Quand vous sortez de ces pages après ce mois de lecture, vous êtes quelqu'un de meilleur. [...] Votre cerveau est fortifié parceque vous lui avez donné de l'exercice pendant un mois et, ce qui est encore plus important, votre coeur est plus robuste, parcequ'il n'a probablement jamais été écrit récit plus touchant du désespoir, de la dépression, de l'addiction, de l'immobilisme et des aspirations d'une génération, des obsessoins et des attentes humaines, avec de telles possibilités artistiques, athlétiques et intellectuelles." Préface à Infinite Jest de David Foster Wallace par Dave Eggers in Inculte n°17, 9,50 euros.
Pouah! Boeurk! De si bons sentiments me donnent la nausée, une espèce de bonne foi, de confiance et de gentillesse dans ce qu'écrit Dave Eggers qui, vraiment, poisse. Alors que les sujets à la Hubert Selby Junior, l'esprit genre Pynchon et la construction façon Proust a priori devraient me passionner ??? pffff.... j'espère que la traduction française aura droit à une autre introduction !!
| Lundi 24 Novembre | 09:06 | > LA FABRIQUE DE L'HISTOIRE | |
Le coup de coeur du libraire poussé à son paroxysme : un seul livre recouvre une table, estampillée par le libraire "Je joue ma réputation de libraire sur ce livre" Résultat : "(...) ils n'ont acheté qu'un seul livre, débarrassés de la corvée du choix. " (raconté par l'intéressé sur Bibliobs).
Cet été, les clients ne chercheraient plus du sur-mesure mais du standard... Oui, certains surement, cherchent un label "investissement garanti sans risque".
Mais quand même, ils prendraient moins de risque en nous demandant conseil, je ne pense pas qu'il existe des livres universels en librairie, càd "bons" pour tous. Je me casse la tête toute la journée pour imaginer l'écriture et le type d'histoire qui correspondront le mieux à ces pièces de puzzle que me tend le client, que je lui arrache un peu aussi à coup de questions.
Parfois j'ai l'impressionde jouer à "qui est-ce?" : est-ce qu'il a des moustaches? est-ce qu'il porte un chapeau? Est-ce qu'il a un gros nez? En effet, à partir d'une première idée, plusieurs pistes me viennent en tête, et je pose des questions pour choisir celle qui est la plus appropriée, mais j'ai déjà des pistes en tête.
Parfois, on se perd en route ou je me rends compte qu'il y a une terra incognita dans mon catalogue personnel et je suis mal barrée... (vitevite, trouver une idée pour faire transition vers un continent connu, n'ayons l'air de rien, soyons désinvolte)... grand moment de solitude....
mais en général, on est étonné de la façon qu'on a d'imaginer au pied levé les questions qui permettront de circonscrire la recherche dans un champs qu'on connait. Si bien qu'après coup en y repensant, je me dis que ma cartographie personnelle est parfois très très bizarre, qui me fait penser à la préface de "Les Mots et les choses" de Michel Foucault:
"Ce livre a son lieu de naissance dans un texte de Borges. (...) Ce texte cite « une certaine encyclopédie chinoise » où il est écrit que « les animaux se divisent en : a) appartenant à l'empereur, b) embaumés, c) apprivoisés, d) cochons de lait, e) sirènes, f) fabuleux, g) chiens en liberté, h) inclus dans la présente classification, i) qui s'agitent comme des fous, j) innombrables, k) dessinés avec un pinceau très fin en poils de chameau, l) et caetera, m) qui viennent de casser la cruche, n) qui de loin semblent des mouches ». Dans l'émerveillement de cette taxinomie, ce qu'on rejoint d'un bond, ce qui, à la faveur de l'apologue, nous est indiqué comme le charme exotique d'une autre pensée, c'est la limite de la nôtre : l’impossibilité nue de penser cela. "
Je donnerais cher pour lire dans la pensée des libraires quand ils conseillent et voir cette taxinomie fabuleuse en mouvement.
Melico finit sa mue.
Beaucoup de choses intéressantes, dont le concept de résidence :
"Comprendre les résidences
L'autre jour à la radio, Geneviève Brisac. A propos de la famille et ses recompositions, la difficulté au quotidien pour tous, de vivre. Reportage dans une librairie jeunesse parisienne : la journaliste a demandé à la libraire de lui présenter les livres qui parlent aux enfants de ces nouvelles façons de faire famille.
Réaction vive et emportée de Geneviève Brisac : j'adore cette libraire, mais quelle mièvrerie dans dans les livres qu'elle a choisis.
Attaque injuste, les libraires ne sont pas dupes :
Ce sont ces mêmes libraires qui publiaient dès 2002 une chronique de Patrice Wolf "le livre pour enfants n'est pas un médicament". Madeline Roth rappelait l'année dernière dans la chronique 14 sur le blog Citrouille "Est-ce que ce n'est pas terrible de proposer justement un livre comme un médicament, comme en réponse à des symptômes précis, avec une posologie, une marche à suivre ? (...) Je crois de plus en plus que notre regard d'adulte enferme les enfants, et qu'une partie de la littérature jeunesse qui est diffusée aujourd'hui, conçue pour toucher, comment dit-on, un "public cible", vient de ces dérives là. Ça m'embêterait de participer à ça... "
Mais les libraires continuent quand même à répondre à l'angoisse des parents avec des livres vécus comme des livres médicament... pour les parents biensûr et non pour les enfants. En fait que cherchent ces parents? A trouver "les mots pour le dire" à leurs enfants. Mais les enfants construisent aussi leurs représentations et leur rapport au monde dans d'autres livres, que proposent aussi les libraires. On voit mal un libraire prendre de haut la demande angoissée qui lui est faite de trouver un livre sur la peur du noir par ex. Et ce livre qui rassure le parent, permet de nouer du lien et de faire entrer un autre livre qui construira l'enfant.
C'est un peu la fonction phatique du livre ;-)
Le jour où les libraires prendront de haut ces livres "phatiques", comme le fait le fait Mme Brisac, il seront des spécialistes pointus s'adressant à d'autres élitistes et n'auront plus cette vocation grand public : des lieux qui savent faire communauté avec toutes les couches sociales de la population, où tout le monde se sent écouté, pris en compte. On peut entendre les demandes de tous les publics tout en y répondant avec des livres de qualité... et de fonction différente. La création n'est pas le seul objet du livre...
Mercredi 9 janvier à 20h à la librairie le comptoir des mots, 239 rue des pyrénées 75020 Paris :
Rencontre avec Guillaume Erner
autour de "Sociologie des tendances"
Editions des PUF, Collection Que sais-je ?
Guillaume Erner est sociologue. Il a déjà publié « Victimes de la mode » (Editions La Découverte), « Expliquer l’antissémitisme » (Editions La Découverte), « Manuel de nos folies ordinaires » (Editions Mango) et « La société des victimes » (Editions La découverte). Il est chroniqueur dans l’émission Eclectik sur France Inter et journaliste pour Metropolis sur Arte.
Guillaume Erner décrypte les tendances et nous montre comment celles-ci accompagnent l'homme dans chacun des territoires de son existence, du choix de ses vacances à celui d'un prénom pour son enfant en passant par la gastronomie. L’explication de ce phénomène permet de comprendre les mécanismes de l'imitation, de la diffusion des goûts par les médias notamment et de leur rôle de marqueur social.
thèmes agenda, représentations
Arlette FARGE
Le tracé de l'archive
Discutant :
Bruno Clément, professeur de Littérature française à l'Université Paris 8 et ancien président de l'assemblée collégiale du CIPh.
Jeudi 22 novembre, 20h-22h
Amphi Stourdzé, Carré des Sciences, 1 rue Descartes, 75005 Paris
thèmes agenda, représentations
SDF-fiction, le sans domicile fixe, Bibliographie commentée dans Esprit n°10/oct 2007 par Thierry Paquot.
C'est vraiment un très grand plaisir de lire une biblio commentée dépliée par période, un parcours riche dans la représentation du SDF dans la littérature à chaque époque, sans crouler sous les références ni sous les analyses, avec des citations bien choisies pour éclairer tout ça.
Il y est question de marginalité, de pauvreté financière, et aussi affective : "il peut arriver qu'un homme vraiment pauvre ne souffre pas du décalage entre ses moyens et les besoins de sa classe, de telle sorte que la pauvreté dans le sens psychologique n'existe pas pour lui [...] Ainsi, il est possible que la pauvreté individuelle - l'insuffisance de moyens pour les fins d'une personne - n'existe pas pour quelqu'un, alors qu'il y a pauvreté sociale ; et il est possible d'autre part, qu'un homme soit individuellement pauvre bienque socialement aisé." G. Simmel, Les pauvres éd. PUF.
Je suis la première à manger du livre papier au kg, mais il y a aussi de la doc intéressante sur le net. Je pense qu'il est compliqué pour une telle bibliographie d'en prendre compte car elle est axée sur le traitement d'un thème dans le champs éditorial, la façon dont dans ce champs éditorial la réception du thème s'exprime.
- "nouveaux regards sur la pauvreté" (format pdf) de l'ERIS
- et un peu de regard extérieur n'a jamais fait de mal : "La pauvreté" (format pdf) de l'IRSH Gabon.
Pauvreté affective, souffrance et incapacité d'avoir accès à la compréhension de ses désirs. Comment vivre dans la misère, matérielle ou affective ?
Last Exit to Brooklyn, Hubert Selby Junior
"Un monde gangrené par la violence, la folie, la terreur, d’une beauté et d’une humanité terrifiante, qui force l’empathie, mais non la sympathie." (extrait de Binary Coffee)
C'est plutôt le genre trash ->cf bibliographie trash sur Culturikon.fr
Bord de mer, Véronique Olmi
D'autres suggestions de lecture???
"...ces textes dont on ne sait pas quoi faire, qui nous remuent parce que c’est l’enfance en souffrance au milieu de tant d’autres livres qui font sourire. (...) Est-ce que ces livres-là libèrent les enfants, ou juste les adultes qui les ont écrits, qui les liront ? " Madeline Roth, Chronique d'été n°7
Question connexe toujours sur le blog Citrouille : "les écrivains jeunesse volent-ils la parole aux enfants?"
Je ne sais pas pour vous, mais une revue appelée "Conserveries mémorielles" rattachée à la "Chaire de recherche du Canada en histoire comparée de la mémoire de l'Université Laval", c'est en soi déjà tellement poétique, que ça donne envie de participer. Alors si en plus, la revue est demandeuse de projets mêlant différents supports d'expression, c'est encore plus passionnant :
Numéro 5 (à venir)
La bibliothèque (auto)portrait
coordonné par
Vincent Auzas (Université Laval et Paris X Nanterre)
et
Juliette Dutour (Université Laval et EHESS Paris)
A la fois dépôt et lieu d'enfermement, « l'armoire à livre » est, depuis l'Antiquité, une place –ouverte ou fermée – qui rassemble les écrits. On y vient prendre un livre, consulter une œuvre, pour finir par y laisser quelque chose de soi. En partant de cet élément qui nous est quotidien, nous appelons les auteurs à réfléchir sur la bibliothèque dans ses dimensions mémorielles et patrimoniales. Toute bibliothèque aura ici sa place : public ou privée, d'hier à demain, de chair, de papier ou de pixels. Toute forme de collection du savoir ayant une relation à la mémoire. Les articles pourraient porter par exemple sur la mise à l'index, sur des collections privées etc. Cet « (auto)portrait » de la bibliothèque se dessinera essentiellement à partir des relations de l'homme à la bibliothèque. Celle du lecteur à la collection, qu'il soit scientifique ou homme de lettres; celle du bibliothécaire à l'institution; sans oublier les relations littéraires ou philosophiques à la bibliothèque imaginée. Ce "catalogue" restant ouvert aux initiatives de chacun.
Une revue électronique offre une grande liberté quant au choix du support divulgué. Les auteurs sont donc encouragés à proposer, en plus des textes, des sons, des images et des vidéos; œuvres ou entretiens réalisés sur la thématique.
Dates limites :
Jusqu'au 30 septembre : réception des propositions (un titre, présentation de l'auteur et de sa recherche principale, présentation rapide du sujet de la participation en quelques phrases) Les propositions seront acceptées en français et en anglais.
Jusqu'au 30 novembre : réception des articles préalablement acceptés
Ceux-ci seront soumis à comité de lecture et retourné pour d'éventuels ajustements à leurs auteurs.
Publication envisagée dans le premier trimestre 2008.
Veuillez envoyer votre proposition de contribution:
Juliette Dutour et Vincent Auzas à l'adresse électronique :
armoiralivres @gmail.com
via Calenda